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Cars : un morceau de culture automobile

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Cars : un morceau de culture automobile

Comment entrer dans le mythe automobile ? Faire rêver les enfants, les imprégner d’une marque qu’ils aimeront toute leur vie : voilà l’idée simple de Cars, le film d’animation de Pixar dont l’influence ira grandissante durant encore des années et des années.

John Lasseter est à l’origine du projet. En compagnie de Joe Ranft – scénariste de Toy Story – il commence à imaginer un film d’animation autour de l’automobile en 1998. À cette époque, les deux hommes de Pixar voient le documentaire Divided Highways sur la construction d’une autoroute américaine et l’incidence sur les petites villes des régions traversées : « Nous avons commencé à songer à ce que cela devait être de vivre dans ces lieux que le passage de l’autoroute avait plongés dans l’oubli. »

À sa genèse, le projet prend le nom de « Route 66 », mère de toutes les routes américaines, durement touchée par le déploiement du réseau autoroutier avant de vivre un revival spectaculaire. Mais le titre devait être différent pour éviter de trop coller à une émission de télévision qui cartonnait aux États-Unis dans les années 1960.

Pour John Lasseter, cet objectif de réaliser un film d’animation sur l’automobile ne date pas tout à fait de 1998. Tout petit, il rendait déjà visite à son père qui gérait le service de pièces détachées d’une concession Chevrolet.

Et si l’équipe du film s’est doucement constituée avant de partir en périple sur la Route 66 durant neuf jours pour s’imprégner de l’ambiance des petites villes oubliées de l’Ouest américain, une ville a vraisemblablement davantage marqué Lasseter que les autres : Kanab. J’y suis allé en mars dernier lors de l’essai du nouveau Land Rover Discovery, après un passage dans le parc naturel de Zion.

La légende raconte que John Lasseter avait l’habitude de traverser cette ville de 3 500 habitants lorsqu’il se rendait dans sa résidence sur les rives du lac Powell, jusqu’à s’en inspirer pour créer Radiator Springs dans le premier épisode de Cars. Kanab avait déjà largement accueilli Hollywood avant même la naissance du directeur artistique de Pixar. À l’époque du cinéma muet, le western Deadwood Coach y avait été filmé. Par la suite, deux cents films ont été tournés dans la région, de Josey Wales hors-la-loi de Clint Eastwood à La Planète des Singes et, plus récemment, John Carter.

Pour le visiteur, la traversée de Kanab est fidèle à l’expérience de Flash McQueen. Rien ne rappelle vraiment Radiator Springs, pas plus que le passage de John Wayne, Johnny Cash, Franck Sinatra ou Dean Martin. Non, vraiment, lorsque l’on entre dans Kanab, il n’est pas question de s’y arrêter.

Il faut se resituer : nous sommes entre l’Utah et l’Arizona. Il gèle en hiver et la température dépasse les 40°C l’été. Nous sommes au milieu de rien, uniquement contemplés par des pierres usées par le temps.

C’est la force de Cars : faire vivre une partie de la culture américaine au cœur d’un conte pour enfants. Le Rookie qui ne pense qu’à la vitesse, qu’à la gloire et la victoire se trouve confronter à une vie qu’il ne connait pas. Où le temps – le chrono – n’a qu’une valeur très relative. Où l’amitié et l’entraide s’avèrent d’une redoutable efficacité.

Susie le petit coupé bleu

Dans le dessin, John Lasseter s’est inspiré de Susie, le Petit Coupé Bleu, une création de 1952. Les yeux du personnage ne sont pas simplement placés à la place des phares, ils occupent la totalité du pare-brise. C’est une manière de le rendre plus expressif, mais aussi un casse-tête pour les animateurs qui doivent jouer avec cette nouvelle dimension et un écart entre la bouche (calandre) et les yeux (pare-brise).

Le reste est une succession d’hommages. À Joe Ranft, dont on a parlé au début, qui est mort en 2005 dans un accident de la circulation… À Glenn McQueen également, un autre animateur de Pixar mort en 2002. Le nom de Lightning McQueen lui est dédié, même s’il est évidement que McQueen évoque bien d’autres souvenirs aux amoureux de la culture automobile. La plaque d’immatriculation de Fillmore est « 51237 » soit la date de naissance de George Carlin (12 mai 1937) qui lui prête sa voix. Dans les premiers scénarios, Lightning McQueen (Flash en français) devait porter le numéro 57 (année de naissance de Lasseter). Il est devenu 95, en référence à l’année de sortie de Toy Story. Et les pneus de Lightning, un placement produit ? Lightyear fait référence à Goodyear, mais aussi et surtout à Buzz Lightyear, l’un des principaux personnages de Toy Story, toujours Toy Story. Et encore Toy Story ? Le sponsor Dinoco est déjà visible dans l’immense succès de Pixar : c’est la station-service où Woody et Buzz montent dans la voiture de Pizza Planet (aussi présente dans Cars).

Encore des hommages ? Lors de la première course de Cars, le King dépasse une voiture au 294e tour. Elle est blanche, frappée du logo Apple et elle porte le numéro 84 de l’année du lancement de Macintosh… Un clin d’œil à son compère Steve Jobs. Et la plaque de Mater (aussi le numéro du train qui manque d’entrer en collision avec McQueen) ? A113, le numéro de la salle fréquentée par John Lasseter, Brad Pitt et beaucoup d’autres dans l’université California Institute of Arts. A113 est aussi marqué sur un avion de Cars 2 (ainsi que dans un nombre incroyable de séries et de films hollywoodiens).

Cars 2 a imposé une réflexion totalement différente. C’est un film d’espionnage sous fond de sport automobile. Au-delà des dizaines d’easter-eggs 100 % Pixar (The Incredibles, Toy Story, Brave, Ratatouille, 926 nouveaux personnages ont été modélisés pour créer des figurants et des villes ont été « voiturisées ». À Tokyo, à Paris, à Porto Corsa ou Londres, les bâtiments sont construits à partir de pièces de véhicules et de moteurs. Les Citroën 2 CV et DS sont présentes dans la capitale française, une Topolino dessine le rocher de la Riviera et Big Ben devient Big Bentley à Londres.

Dans Cars 3, qu’il vous faudra découvrir, vous aurez encore l’occasion de chercher le camion de livraison Pizza Planet, l’inscription A113 (si vous voulez briller en société, regardez du côté du bureau de Sterling !), le carrosse de Cendrillon (Pixar appartient désormais à Disney), le ballon Pixar (très, trop transformé) et pour les fans de Nascar, les vrais pilotes engagés en course (Bubba Wallace est Bubba Wheelhouse, Daniel Suarez est Daniel Swervez, Chase Elliott est Chase Racelott et Ryan Blaney est Ryan Inside Laney. Et aussi quelques références au prochain film de Pixar « Coco »…

Côté voix, Lewis Hamilton, Darrell Walltrip, Jeff Gordon et Richard Petty reviennent et un instant émouvant vient de la reprise d’un enregistrement de Paul Newman. Mais le concept est beaucoup moins poussé que dans le premier épisode qui avait réservé des places à Michael Schumacher, Jeremy Clarkson, Jay Leno, Mario Andretti…

Rendez-vous en salles et attention au big one. (et promis, on parle bientôt du design de Sterling !)

Author: Alexandre Stricher

Pilote de AUTOcult.fr
Vie partagée entre le sport automobile, l’automobile et les embouteillages.
Auteur de « Rallye by Renault Sport » et « Belles des Années 80 ».



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