Samedi 24 octobre, à Perry en Géorgie, le président du directoire d’Audi s’est affiché à la tribune électorale de Donald Trump. L’ancien président américain y a annoncé la construction à Macon de la première usine d’assemblage d’Audi aux États-Unis, chiffrée à 4,2 milliards de dollars pour une capacité de 200 000 véhicules par an et 4 500 emplois locaux. En montant sur scène à dix jours des élections américaines de mi-mandat, Gernot Döllner a enfreint les règles d’éthique du groupe Volkswagen, déclenchant un affrontement ouvert avec le syndicat IG Metall et les représentants des salariés à Wolfsburg.
Infraction aux règles de neutralité à dix jours du scrutin
L’intervention publique de Gernot Döllner heurte frontalement le code de conduite interne de Volkswagen AG.
Les statuts de conformité de l’entreprise interdisent toute apparition publique d’un membre du directoire aux côtés d’un responsable politique en campagne durant les trois mois précédant une élection.
Daniela Cavallo, présidente du comité d’entreprise général de Volkswagen, a fustigé une mise en scène au service d’une propagande partisane. À la tête d’IG Metall, Christiane Benner a jugé l’initiative « inacceptable ».
La classe politique allemande s’est jointe aux critiques : Dennis Radtke, porte-parole de l’aile sociale de la CDU, a qualifié de « pitoyable » ce soutien public à un candidat promoteur de surtaxes douanières contre les exportations allemandes, tandis que la députée SPD Isabel Cademartori dénonçait un calcul d’opportunisme électoral. Sollicitée sur les motifs de cette infraction protocolaire, la direction d’Audi a refusé tout commentaire.
4,2 milliards de Capex en Géorgie face aux coupes d’usines en Allemagne
L’arbitrage financier passe mal sur le plan social.
L’engagement de 4,2 milliards de dollars en Géorgie intervient en plein conflit sur les coûts de production en Allemagne. Le mois dernier, la direction de Volkswagen a unilatéralement dénoncé ses conventions collectives de salaire (Haustarifvertrag), ouvrant la voie à des suppressions de postes massives — jusqu’à 100 000 emplois menacés — et à l’éventuelle fermeture de quatre sites industriels. Les syndicats ont d’ores et déjà fixé un ultimatum expirant fin octobre, brandissant la menace de grèves reconductibles dès le mois de janvier.
Le transfert de capacités de production vers les États-Unis fragilise directement l’usine Audi de Neckarsulm, dans le Bade-Wurtemberg, qui emploie 15 000 salariés.
Concevoir et fabriquer les futurs grands SUV thermiques et hybrides en Géorgie pour s’affranchir des droits de douane américains de 25 % prive les chaînes d’assemblage allemandes de leurs modèles aux marges unitaires les plus élevées.
Le droit de veto du Land de Basse-Saxe et d’IG Metall
Si BMW à Spartanburg et Mercedes-Benz à Tuscaloosa ont implanté leurs usines américaines il y a plus de trente ans, le projet d’Audi reste bloqué sur le plan institutionnel.
L’investissement de Macon ne dispose d’aucune validation juridique définitive.
Daniela Cavallo et Christiane Benner ont rappelé que l’arbitrage budgétaire dépend du conseil de surveillance de Volkswagen AG. En vertu des règles de cogestion allemande (Mitbestimmung), le bloc salarial détient dix des vingt sièges du conseil.
S’y ajoute le vote d’Olaf Lies, ministre de l’Économie de Basse-Saxe, région détenant 20 % des droits de vote du groupe et un droit de veto statutaire sur les fermetures d’usines. Les représentants du personnel ont prévenu : le directoire n’obtiendra aucun aval pour l’usine de Géorgie sans garanties écrites sur le plan de charge industriel des sites d’Ingolstadt et de Neckarsulm jusqu’en 2030.
L’info en plus : L’usine mexicaine de San José Chiapa prise au piège
L’urgence d’Audi à bâtir une usine aux États-Unis découle de la vulnérabilité de son site de San José Chiapa, inauguré en 2016 au Mexique pour produire le SUV Q5. Conçu pour approvisionner le marché nord-américain sous l’accord de libre-échange de l’AEUMC, le site mexicain subit la politique tarifaire agressive de l’administration américaine. Le projet de Macon vise à relocaliser l’assemblage directement à l’intérieur de l’espace douanier américain, mais au prix d’un doublon industriel lourd à amortir face à l’outil de production mexicain.
