Étiquette : Cuba

  • Adieu les « Almendrones » ? Pourquoi les icônes de Cuba sont en train de s’éteindre

    Adieu les « Almendrones » ? Pourquoi les icônes de Cuba sont en train de s’éteindre

    On se dit tous la même chose depuis des décennies : « Il faut aller à Cuba avant que ça ne change. » Ce musée à ciel ouvert, où les Chevrolet 1955 et les Buick 1950 servent encore de taxis quotidiens, semble pourtant arriver au bout du chemin. Mais contre toute attente, ce n’est pas la modernité qui tue ces vieilles gloires américaines, c’est une bête panne sèche et une révolution électrique… à trois roues.

    À La Havane, le temps ne s’est pas arrêté par nostalgie, mais par pure nécessité. Depuis l’embargo des années 60, les Cubains sont devenus les rois de la débrouille. Mais aujourd’hui, le système craque.

    Le pétrole manque, l’électrique pédale

    La raison est géopolitique : le Venezuela, partenaire historique de l’île, traverse une crise majeure (marquée notamment par l’enlèvement de son président). Résultat ? Les exportations de pétrole vers Cuba ont chuté, créant une pénurie de carburant sans précédent.

    Pour continuer à faire bouger les touristes et les locaux, un nouvel acteur a envahi le bitume : le tricycle électrique.

    • Capacité : Jusqu’à 8 passagers.
    • Coût : Bien inférieur à celui d’un taxi classique.
    • Le hic : Ces tuk-tuks modernes doivent être rechargés sur un réseau électrique déjà victime de coupures fréquentes. On déshabille Pierre pour habiller Paul.

    Des monstres de Frankenstein mécaniques

    Si vous soulevez le capot d’une rutilante Dodge de 1957 à La Havane, ne vous attendez pas à voir un V8 d’origine. Depuis longtemps, ces voitures sont devenues des hybrides de l’impossible.

    Les pièces d’origine étant introuvables, les Cubains ont dû improviser :

    • Moteurs Diesel : On remplace les soiffards de Detroit par des blocs Diesel récupérés sur de vieux camions russes (ZIL ou GAZ). C’est bruyant, ça vibre, mais ça avance.
    • Greffes Japonaises : Il n’est pas rare de trouver un moteur Toyota, Isuzu ou Mitsubishi sous une carrosserie de Buick.
    • Le facteur Hollywood : Les V8 d’origine encore en état de marche sont devenus des raretés absolues. Pour la petite histoire, l’un des plus célèbres a d’ailleurs fini en cendres il y a quelques années, lorsqu’un Américain chauve et très musclé (suivez mon regard vers Fast & Furious 8) a décidé d’en incendier un pour remporter une course de rue dans les quartiers historiques.

    Un patrimoine en sursis

    Les voitures américaines de Cuba ne disparaissent pas parce que les Cubains veulent de nouvelles voitures (même si c’est le cas), mais parce qu’elles deviennent impossibles à nourrir et à entretenir. Le passage au tricycle électrique marque sans doute la fin d’une ère visuelle qui a défini l’île pendant 70 ans.

    Le temps où l’on croisait des paquebots chromés à chaque coin de rue s’efface devant le sifflement des moteurs électriques chinois. C’est peut-être le moment, pour de vrai cette fois, d’aller y jeter un dernier coup d’œil.

  • Photos : Le road-trip de David Coulthard à Cuba

    Photos : Le road-trip de David Coulthard à Cuba

    Suite de notre folle semaine cubaine… Cet été, (juste avant de nous emmener faire un tour en Renault Twin’Run) David Coulthard et des membres d’Infiniti Red Bull Racing sont partis à Cuba pour participer au Cuban Classic Car Rally au volant d’une Pontiac de 1955.

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    Au milieu des 60 000 voitures datant d’avant la révolution (1er janvier 1955), Coulthard et son copilote Tony Burrows ne se sont pas tant fait remarquer.

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    Accompagnés par deux mécaniciens de l’équipe championne du monde de F1, ils ont pu découvrir la « débrouille » locale pour réparer des pièces de plus d’un demi-siècle.

  • Le parc automobile cubain va se moderniser

    Le parc automobile cubain va se moderniser

    Est-ce l’approche de l’hiver à Paris qui me donne envie de parler de Cuba cette semaine ? Après l’enlèvement de Juan Manuel Fangio en 1958, voici une information beaucoup plus récente. Le gouvernement de Cuba a décidé d’assouplir les règles d’achats de véhicules. Il n’est plus nécessaire de rechercher des voitures produites avant 1959 !

    Jusqu’en 2011, les Cubains ne pouvaient pas acheter de véhicules produits après la révolution de 1959. L’idée de propriété était rigoureusement contrôlée par le régime castriste. Et il n’y avait pas de grande difficulté à surveiller le parc automobile national.

    Il y a deux ans, la loi a été assouplie. Les Cubains ont eu le droit d’acheter ou de vendre – entre eux – des voitures. Ils pouvaient aussi acheter une voiture neuve ou une voiture d’occasion (post 1959), dans les succursales contrôlées par le gouvernement, grâce à un permis délivré aux citoyens œuvrant pour l’Etat comme les médecins ou les diplomates… Et les Lada se sont multipliées.

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    Ce mercredi, le Conseil des Ministres a approuvé une résolution pour éliminer ce permis nécessaire à l’achat d’un véhicule.

    Chaque Cubain a désormais l’autorisation d’acheter sa propre voiture… Mais toujours dans une concession d’état. L’importation reste strictement interdite.

    Cité par Reuters, un résident de La Havane, s’amuse de cette décision : « Oui, je peux acheter une voiture. Mais avec quoi ? Notre économie ne nous permet pas d’épargner pour pouvoir en acheter ! »

  • Juan Manuel Fangio enlevé par les Castristes

    Juan Manuel Fangio enlevé par les Castristes

    26 juillet 1953… Fidel et Raul Castro attaquent une caserne pour s’opposer au Général Batista qui vient de prendre le pouvoir à Cuba par un coup d’état. Capturés, ils sont condamnés à 15 et 13 ans de prison. Deux ans plus tard, Fulgencio Batista décide de libérer tous les prisonniers politiques. Les Castro reprennent la lutte armée. Et le 23 février 1958, ils font enlever Juan Manuel Fangio avant le Grand Prix de Cuba.

    Le premier Grand Prix de Cuba date de 1957. Batista cherchait à organiser un événement d’envergure internationale pour attirer les touristes. Il invite quelques-unes des plus grandes stars du sport automobile à s’affronter sur un circuit est tracé dans les rues de La Havane.

    Déjà quatre fois Champion du Monde de F1 (en bientôt cinq), Juan Manuel Fangio s’impose au volant d’une Maserati 300S devant Caroll Shelby sur une Ferrari 410 et le Marquis de Portago sur une Ferrari 860.

    L’année suivante, l’équipe Maserati dépêche son quintuple Champion du Monde Fangio et son « jamais » Champion du Monde Stirling Moss. Mais cette deuxième édition va s’avérer désastreuse.

    La Maserati 450S n’étant pas encore prête, Fangio participe aux premiers essais avec une 300S. Un accident fatal à Diego Veguillas vient endeuiller les préparatifs de la course.

    Batista cherche à mettre en valeur La Havane pour transformer sa capitale en un lieu incontournable sur le continent américain. Il se montre avec les pilotes, organise de belles soirées et promet de transformer la ville en Las Vegas des Caraïbes.

    Mais à la veille du Grand Prix (hors championnat), Juan Manuel Fangio est kidnappé alors qu’il marche dans le lobby du luxueux Hotel Lincoln. Un jeune révolutionnaire vêtu d’une veste en cuir brandit une arme : « Fangio, tu dois venir avec moi. Je suis un membre du Mouvement du 26 juillet. »

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    Un ami du pilote argentin tente de s’interposer mais se ravise face au pistolet. Fangio monte dans une voiture et disparaît.

    Si les hommes de Castro multiplient les opérations musclées, cette prise d’otage est un coup de maître pour les révolutionnaires. Ils gâchent la fête de leur ennemi juré et s’offrent une tribune internationale.

    Batista refuse d’annuler la course. Il fait surveiller la chambre de Stirling Moss. Plus tard, le Britannique racontera qu’un garde le réveillait toutes les trois heures pour vérifier s’il était bien là. Et Fangio avait convaincu ses ravisseurs de ne pas s’attaquer à son équipier qui était en lune de miel. Un beau mensonge.

    Fangio fut emmené dans un appartement… Un bon repas et une bonne nuit, il affirmera ne pas s’être senti en danger. Syndrome de Stockholm, il fut même très accommodant avec ses ravisseurs : « C’est une aventure. Si les rebelles font ça pour une bonne cause, alors, en tant qu’Argentin, je l’accepte. »

    Sous l’impulsion de Batista, la course de 500 km est organisée. 150 000 spectateurs sont présents. Le Français Maurice Trintignant remplace Fangio dans la Maserati numéro 2.

    Dans l’appartement, Fangio se voit proposer une radio pour écouter la retransmission de la course. Il refuse.

    Masten Gregory et sa Ferrari partent en tête devant Stirling Moss. Au début du cinquième tour, la quasi-totalité du circuit est souillée d’huile par une fuite de la Porsche de Roberto Mieres.

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    Au tour suivant, l’inévitable arrive. Le Cubain Armando Garcia Cifuentes perd le contrôle de sa Ferrari. Il heurte des spectateurs. Quarantaine sont blessés et sept meurent.

    Gregory et Moss continuent de lutter pour la première place jusqu’à ce qu’ils passent devant l’accident et aperçoivent des drapeaux rouges. Les deux voitures ralentissent et arrivent sur la ligne droite des stands. Stirling Moss accélère et passe sur la ligne d’arrivée en tête, déclenchant la colère de son rival.

    « Je savais que la seule personne à avoir le droit de présenter le drapeau rouge était le directeur de course », se rappelle Moss. « Il ne pouvait être à un autre endroit que sur la ligne d’arrivée. Tous les drapeaux rouges que nous avions vus précédemment n’étaient pas légaux. J’ai calmé Masten en lui proposant de partager équitablement les primes. On s’est mis d’accord au lieu de laisser l’organisateur décider. Officiellement, j’ai gagné cette course. Mais, en vérité, personne n’a gagné. Ce n’était pas important. Surtout avec tout ce qui s’était passé durant le week-end. »

    Peu après l’arrivée, Fangio fut conduit à l’ambassade d’Argentine et relâché. Entre la vie et la mort, Armando Garcia Cifuentes fut accusé d’homicide involontaire. Remis, il quitta Cuba après la prise de pouvoir de Castro et s’installa à Madrid.

    Le 1er janvier 1959, Fidel Castro réussit son coup d’état. Le troisième Grand Prix de Cuba est organisé en 1960 dans le camp militaire de Columbia. Stirling Moss s’impose encore mais le pilote Ferrari Ettore Chimeri décède après être tombé dans un ravin d’une cinquantaine de mètres avec sa Ferrari.

    Le gouvernement révolutionnaire considère alors que le sport automobile est une discipline de riches et l’interdit…

    Note : il existe des images de l’accident du Cifuentes, appartenant à British Pathe.