Dans une scĂšne anodine, mais rĂ©vĂ©latrice du film Tchao Pantin (1983), Coluche est pompiste : en arriĂšre-plan, le prix du super est affichĂ© Ă 4,82 francs. Ă lâheure oĂč le SP95-E10 est Ă 1,809 ⏠le litre dans le mĂȘme quartier, cette image dâarchive nous offre une occasion prĂ©cieuse de mesurer lâĂ©volution du pouvoir dâachat automobile. Le prix de l’essence a-t-il vraiment augmentĂ© ? Le conducteur moyen a-t-il perdu en libertĂ© ? En fouillant les archives de lâINSEE et les statistiques de salaires, la rĂ©ponse pourrait surprendre.
1983 : quand un plein pesait lourd
Convertir les francs en euros ne suffit pas pour comprendre. En 1983, le litre dâessence super Ă©tait Ă 4,82 francs, soit 0,73 euro. Mais cette simple conversion trahit une rĂ©alitĂ© plus complexe. Car depuis 1983, lâinflation cumulĂ©e est dâenviron 184 % selon les indices officiels. Ce qui signifie que ces 0,73 euro de 1983 Ă©quivalent aujourdâhui Ă 2,09 ⏠en euros constants.
Le litre de SP95-E10 est aujourdâhui vendu 1,809 ⏠dans le mĂȘme quartier parisien. En d’autres termes, le prix rĂ©el de lâessence a baissĂ©.
Mais cette baisse nâa de sens que si on lâintĂšgre au contexte du pouvoir dâachat. Pour cela, comparons ce que reprĂ©sentait un plein de 50 litres pour un salariĂ© payĂ© au SMIC ou au salaire mĂ©dian.
SMIC et essence : le duel de toujours
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En 1983, le SMIC net mensuel avoisinait 2 390 francs, soit 364,40 âŹ. Un plein de 50 litres coĂ»tait alors 241 francs, soit 10,08 % du SMIC.
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En 2025, avec un SMIC net estimĂ© Ă 1 400 âŹ, le mĂȘme plein coĂ»te 90,45 âŹ, soit 6,46 % du SMIC.
MĂȘme dynamique du cĂŽtĂ© du salaire mĂ©dian :
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En 1983, estimĂ© Ă 3 300 francs (503,20 âŹ), un plein coĂ»tait 7,3 % du revenu mĂ©dian.
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En 2025, pour un salaire mĂ©dian de 1 900 âŹ, le mĂȘme plein revient Ă 4,75 %.
Dans les deux cas, le coĂ»t du carburant pĂšse bien moins sur les revenus aujourdâhui quâil y a 40 ans.
Une libertĂ© dâusage retrouvĂ©e
Ă lâĂ©poque, une Renault 5 TL affichait une consommation moyenne de 7 Ă 8 litres aux 100 km. Aujourdâhui, une CitroĂ«n C3 ou une Peugeot 208 plafonnent Ă 5 litres, voire moins. Non seulement lâessence coĂ»te moins cher en euros constants, mais les voitures consomment aussi moins, augmentant encore le pouvoir dâachat effectif liĂ© Ă la mobilitĂ©.
On pourrait objecter que le coĂ»t dâachat des voitures a explosĂ©, mais il faut rappeler quâen 1983, la voiture neuve nâĂ©tait pas une Ă©vidence non plus. En proportion du revenu, une voiture neuve populaire coĂ»tait environ un an de SMIC. Câest encore Ă peu prĂšs le cas aujourdâhui, selon les modĂšles et les remises.
Le mirage de la nostalgie
En 1983, les voitures Ă©taient plus simples, les carburants au plomb, et lâentretien plus frĂ©quent. Le rĂȘve dâindĂ©pendance automobile se heurtait alors Ă une rĂ©alitĂ© bien plus coĂ»teuse en proportion. Les stations-service Ă©taient omniprĂ©sentes, mais le plein reprĂ©sentait un vrai sacrifice financier.
Aujourdâhui, les prix Ă la pompe font encore rĂ©guliĂšrement la une, mais ils sont trompeurs si on les isole du contexte. En proportion des revenus, rouler coĂ»te moins cher quâavant. Et si les dĂ©bats sur la voiture Ă©lectrique, les taxes ou les ZFE monopolisent lâactualitĂ©, il faut parfois se tourner vers le passĂ© pour relativiser. Lâautomobiliste des annĂ©es 1980, entre carburant plombĂ©, freinage alĂ©atoire et corrosion accĂ©lĂ©rĂ©e, nâavait pas vraiment plus de libertĂ© que celui de 2025.
Tchao fantasmes ?
Tchao Pantin, au-delĂ de sa portĂ©e sociale, tĂ©moigne aussi dâun monde disparu : celui de la pompe Ă essence de quartier, du litre Ă moins de 5 francs⊠et dâun Paris oĂč la voiture restait le refuge des solitaires. Aujourdâhui, la rĂ©alitĂ© est plus nuancĂ©e. Le prix affichĂ© nâest pas toute lâhistoire. Le vrai indicateur, câest ce quâil reste dans la poche une fois le plein fait.
Et Ă ce petit jeu, les chiffres sont formels : lâautomobiliste dâaujourdâhui est plus libre quâhier. Peut-ĂȘtre pas dans sa tĂȘte. Mais certainement dans son porte-monnaie.






























