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8 septembre 1963 : Le jour où s’est éteint Maurice Wilks, le père du Land Rover

Dimanche 8 septembre 1963. Dans sa ferme de Newborough, sur les terres venteuses de l’île d’Anglesey au pays de Galles, Maurice Cary…

Par Rédaction ◷ 4 min de lecture 8 septembre 2026
8 septembre 1963 : Le jour où s’est éteint Maurice Wilks, le père du Land Rover
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Dimanche 8 septembre 1963. Dans sa ferme de Newborough, sur les terres venteuses de l’île d’Anglesey au pays de Galles, Maurice Cary Wilks s’éteint prématurément à l’âge de cinquante-neuf ans. Fraîchement nommé président de la Rover Company après en avoir dirigé l’ingénierie pendant plus de deux décennies, l’homme laisse derrière lui une industrie britannique au sommet de sa renommée technique.

Pourtant, au-delà des berlines feutrées de Solihull et de ses recherches avant-gardistes sur la propulsion par turbine à gaz, Maurice Wilks restera à jamais comme l’homme qui a tracé dans le sable mouillé d’une plage galloise la silhouette de l’outil automobile le plus universel du XXe siècle : le Land Rover.

L’esquisse dans le sable de Red Wharf Bay

Pour comprendre la naissance de cette icône, il faut remonter à l’été 1947. Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, la Grande-Bretagne est exsangue. Le gouvernement impose aux constructeurs une politique stricte d’exportation sous peine de leur couper l’accès aux matières premières (« Export or die »). Chez Rover, les prestigieuses berlines d’avant-guerre ne trouvent pas preneur sur les marchés étrangers ruinés, et l’acier est soumis à un sévère rationnement d’État.

Sur son exploitation agricole galloise, Maurice Wilks utilise alors une vieille Willys Jeep militaire réformée pour transporter son bois et labourer ses champs. Séduit par la polyvalence de l’engin mais agacé par son manque de robustesse et la difficulté de trouver des pièces de rechange, il partage ses réflexions avec son frère aîné, Spencer Wilks, alors directeur général de Rover.

Lors d’une promenade sur la plage de Red Wharf Bay, Maurice esquisse à la pointe de sa canne la silhouette d’un engin agricole polyvalent : un croisement entre un tracteur léger et un tout-terrain rustique, capable d’actionner des outils grâce à une prise de force mécanique.

L’aluminium aéronautique et le volant central

Pour contourner la pénurie d’acier, Maurice Wilks et son équipe d’ingénieurs font preuve d’une ingéniosité remarquable. Ils récupèrent les stocks massifs d’aluminium et de magnésium délaissés par les usines d’avions de chasse de la Royal Air Force : le Birmabright. Inoxydable, ce métal léger sera façonné à la plieuse sous des formes géométriques simples pour habiller un châssis en échelle d’acier mécano-soudé.

À l’automne 1947, le tout premier prototype voit le jour. Baptisé « Centre Steer », il dispose d’un poste de conduite unique implanté au milieu de la planche de bord afin d’éviter d’avoir à concevoir deux versions distinctes pour la conduite à gauche ou à droite.

Animé par un modeste quatre-cylindres essence de 1,6 litre développant cinquante chevaux, le modèle définitif est dévoilé le 30 avril 1948 au Salon de l’automobile d’Amsterdam. Conçu à l’origine comme un bouche-trou provisoire destiné à rapporter des devises étrangères pendant deux ou trois ans avant de relancer les berlines de luxe, le Land Rover explose toutes les prévisions : dès l’année suivante, il représente les deux tiers de la production totale de la marque.

De la turbine à réaction au panthéon mécanique

L’esprit de Maurice Wilks ne s’est pas limité à la boue des chemins ruraux. Ingénieur passionné d’aérodynamique et de thermodynamique, il collabore dès 1940 avec Sir Frank Whittle sur les premiers turboréacteurs militaires britanniques.

Cette expertise le pousse à explorer l’intégration des turbines à gaz dans l’automobile civile. En 1950, il supervise la conception de la spectaculaire Rover JET 1, premier véhicule au monde mû par une turbine, établissant un record de vitesse à plus de 240 km/h sur l’autoroute de Jabbeke en Belgique. En juin 1963, quelques semaines avant sa disparition, il assiste avec fierté à l’arrivée aux 24 Heures du Mans du prototype expérimental Rover-BRM à turbine piloté par Graham Hill et Richie Ginther.

En ce 8 septembre 1963, lorsque Maurice Wilks ferme les yeux sur son île galloise, son engin de fortune a déjà conquis la planète, motorisant les fermiers australiens, les gardes-chasses kenyans et les explorateurs transsahariens. Ce simple croquis de vacances d’un ingénieur visionnaire s’était mué en légende industrielle indestructible.

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