Dimanche soir, sous les structures métalliques du Hangar Y à Meudon, Stellantis s’offrait un sas de décompression à l’abri des foules. Baptisée « The Night Before », cette réception privée réservée aux invités de marque précédait le convoiement nocturne des prototypes vers les pavillons de Paris Expo. Autour des buffets, le groupe exposait six visions d’avenir pour rassurer sur la vitalité de ses labels : le Citroën 2 CV Concept, le crossover DS F3VER, l’inattendu FIAT Multiplay, l’Opel STX Concept et la réinterprétation Peugeot RCZ Vision. Mais sous les projecteurs meudonnais, la véritable manœuvre stratégique portait un nom italien : Alfa Romeo Cuorerosso. Un grand coupé sculptural de 4,70 mètres qui enterre sans ménagement le calendrier du tout-batterie pour réinstaller la mécanique thermique au cœur des futures berlines du Biscione.
4,70 mètres et 1 750 kg : l’architecture de survie du segment D
Chez Alfa Romeo, la survie commerciale ne tolère plus les approximations de gamme. Après avoir promis une conversion intégrale et précipitée à l’électrique sous la précédente gouvernance, la marque milanaise utilise ce concept pour poser les bases de ses futurs modèles de grande série. Le gabarit retenu ne doit rien au hasard : long de 4 700 mm, large de 1 980 mm et bas de plafond avec seulement 1 331 mm sous la toise, le Cuorerosso s’aligne rigoureusement sur les cotes des remplaçantes programmées des Giulia et Stelvio.
En atelier, le Centro Stile a court-circuité la planche à dessin pour sculpter directement la matière en trois dimensions, sans vitrages ni roues au stade initial, afin de valider les flux aérodynamiques. Le résultat affiche un coefficient de traînée (Cx) de 0,28, obtenu sans appendices mobiles disgracieux grâce au biseautage de la Coda Tronca arrière et à un diffuseur intégré dans l’emboutissage du bouclier.
Les flancs lisses se dispensent de poignées de portes — remplacées par des contacteurs capacitifs logés sur l’arête du pavillon —, tandis que les portes arrière à ouverture antagoniste dissimulent une accessibilité pensée pour quatre vraies places assises. Même les jantes forgées reprennent le motif historique « téléphone » selon une architecture ajourée 2+2+2 taillée pour évacuer les calories générées par les disques en carbone-céramique pincés par des étriers Brembo.
Le camouflet mécanique : V6 biturbo hybride et arbre en carbone
Le véritable tournant ne réside pas dans sa robe rouge Liquid Ink Red à base d’aluminium broyé, mais sous son long capot plongeant. Le constructeur officialise l’abandon de la bascule exclusive vers les accumulateurs géants. Les futurs modèles de série dérivés de cette matrice reposeront sur une plateforme multiénergie flexible, capable de digérer indifféremment des motorisations 100 % électriques, hybrides rechargeables, légères ou fermées.
Mieux : pour coiffer la future offre Quadrifoglio, Alfa Romeo refuse la prise de poids destructrice imposée par les packs de 100 kWh. Le concept revendique une masse contenue à 1 750 kg sur la balance et détaille sa chaîne cinématique de pointe : un V6 2.9 biturbo essence combiné à une machine électrique Full Hybrid, transmettant sa puissance aux quatre roues via la transmission intégrale Q4, une boîte automatique à convertisseur de couple hydraulique et un arbre de transmission en fibre de carbone.
Nommé à la tête conjointe d’Alfa Romeo et de Maserati, Santo Ficili assume sans détour cette correction de trajectoire : « Avec Cuorerosso, nous projetons cette identité dans l’avenir, un avenir ouvert à différentes solutions énergétiques, où la technologie, la fonction et la qualité restent toujours au service des émotions et du plaisir de conduite. Telle est notre vision de la Bellezza Necessaria : créer des automobiles conçues pour ceux qui aiment conduire ». L’illusion de la sportive à batterie exclusive est définitivement dissipée.





Un cockpit analogique à cinématique physique
Dans l’habitacle, le Cuorerosso applique une purge similaire contre l’invasion des dalles tactiles envahissantes. La planche de bord horizontale s’inspire directement du dépouillement de la 33 Stradale de 1967. Elle marie des garnissages en nubuck Poltrona Frau patinés à la main, un tissu technique monofilament ajouré issu des voiliers de compétition Luna Rossa et des inserts de carbone recyclé coulés dans de la résine rouge.
L’ergonomie conducteur refuse l’écran passif. Le bloc d’instrumentation « Cannocchiale Vivente » intègre une cinématique mécanique : en mode Immersivo, les deux fûts historiques fournissent les données complètes de bord ; dès que le conducteur bascule en mode Concentrato ou Quadrifoglio, un servo-moteur fusionne physiquement les deux compteurs en un seul cadran central épuré, ne laissant visible que le compte-tours et la vitesse instantanée.
La liaison au sol s’en remet à une direction électronique steer-by-wire sans colonne mécanique directe, mais dotée d’actionneurs haptiques dans la jante du volant à trois branches pour restituer le travail du train avant. Sur le tunnel central, le module « Magma Display » réinstalle de véritables commandes à bascule et des molettes rotatives à crantage franc pour paramétrer la suspension pneumatique et la réponse moteur. Clin d’œil au grand tourisme à l’italienne, un sac de voyage en cuir garni s’encastre côté passager dans la découpe de la planche de bord : ses lanières de maintien se détachent pour se convertir instantanément en poignées de transport.
Fiche technique et caractéristiques clés : Alfa Romeo Cuorerosso
| Paramètres techniques | Données constructeurs |
| Longueur / Largeur / Hauteur | 4 700 mm / 1 980 mm / 1 331 mm |
| Empattement | 2 930 mm |
| Masse annoncée | 1 750 kg |
| Aérodynamique | Cx de 0,28 (Coda Tronca, fond plat et diffuseur intégré) |
| Architecture châssis | Coupé 2+2, portes arrière à ouverture antagoniste |
| Motorisation vitrine | V6 2.9 biturbo essence électrifié (Full Hybrid) |
| Transmission | Intégrale Q4, boîte automatique à convertisseur, arbre carbone |
| Liaison au sol | Suspension pneumatique, direction steer-by-wire, freins Brembo carbone-céramique |
| Instrumentation | Cannocchiale Vivente motorisé (fusion physique des cadrans en mode sport) |
| Matériaux spécifiques | Tissu monofilament Luna Rossa, nubuck Poltrona Frau, cuir régénéré (60 % recyclé) |
L’info en plus : L’arbre en carbone, le trésor hérité de la plateforme Giorgio
La mention explicite d’un arbre de transmission en fibre de carbone sur la chaîne cinématique hybride du Cuorerosso constitue un signal technique majeur pour les spécialistes du Biscione. Introduit à grands frais lors du lancement de la plateforme Giorgio sur les Giulia et Stelvio en 2015, cet arbre creux ultra-rigide d’à peine sept kilos permettait d’éliminer l’inertie de rotation et les vibrations de transmission sans recourir à un palier central lourd.
Alors que Stellantis avait initialement prévu de diluer ces spécificités italiennes dans les soubassements modulaires communs STLA Large pour réduire les coûts d’achat, le maintien de cet arbre composite sur la variante V6 Full Hybrid prouve que le bureau d’études milanais a réussi à préserver ses composants dynamiques les plus nobles pour défendre sa légitimité face à BMW et Porsche.
