Catégorie : Histoire & Culture

  • Le massacre Edsel

    Le massacre Edsel

    Plusieurs fois, Ford a tenté l’aventure des marques premium, souvent en pure perte. Mais l’échec le plus démentiel est celui d’Edsel à la fin des années 1950. Destinée à honorer la mémoire du fils d’Henry Ford, l’aventure est entrée dans l’histoire du capitalisme américain : Edsel est désormais un synonyme d’échec commercial. Un cas d’école…

    Ford Motor Company devient une entreprise cotée en 1956. Elle n’est donc plus tout à fait entre les mains de la famille Ford. Au sein du groupe, ce sont les grandes manœuvres. Lincoln est destiné à monter en gamme et Continental devient une marque à part entière…

    Parallèlement, Ford développe une nouvelle berline intermédiaire sous le nom de code « E car », qui veut alors dire Experimental Car. Durant les travaux, le conseil d’administration décide que ce nouveau modèle sera baptisé Edsel, en mémoire d’Edsel Ford, fils du fondateur Henry Ford et disparu en 1943 d’un cancer à 49 ans. Henry Ford II, le fils d’Edsel, est foncièrement contre ce choix, mais il doit l’accepter. Utopian Turtletop et Intelligent Whale faisaient partie des autres propositions…

    Edsel Ford et sa famille

    Robert McNamara est l’une des têtes pensantes du Ford de l’époque. Après une carrière dans l’Armée de l’Air durant la Seconde guerre mondiale (il est considéré comme l’un des initiateurs du largage de bombes incendiaires sur le Japon qui a fait 100 000 morts en une nuit), il entre chez Ford avant ses quarante ans.

    Edsel se veut tellement expérimental et moderne que Ford Motor Company décide de créer spécialement une nouvelle marque, sous la forme d’une start-up. En quelques mois, le groupe met sa puissance au profit du projet. Les investisseurs sont assurés du potentiel du projet et la presse est abreuvé de promesses. L’Edsel sera supérieure aux Oldsmobile, Buick ou De Soto.

    Durant un an, le marketing est en marche pour annoncer le E-Day : 4 septembre 1957 !

    Ford enchaine les phases de communication. Ses études de marché montrent qu’il y a une clientèle pour son Edsel, un véhicule totalement nouveau…

    Problème, le jour de la révélation, le public n’y voit qu’une simple nouveauté et la presse pointe les similitudes avec d’autres modèles du groupe Ford. Réaction immédiate avec la programmation d’une émission spéciale diffusée en prime time durant une heure sur CBS. The Edsel Show regroupe les stars du moment, de Bing Crosby à Franck Sinatra en passant par Louis Armstrong et Bob Hope en invité mystère pour un coût estimé à 250 000 dollars… Le programme est un immense succès. Il est diffusé en direct sur la côte est et enregistré pour être sur les écrans de la côte ouest trois heures plus tard.

    The Edsel Show fut l’une des émissions les plus regardées de l’année 1957 aux Etats-Unis. Dans la foulée, Bing Crosby a signé un juteux contrat pour produire deux émissions spéciales par an pour ABC. L’émission a reçu le trophée de meilleur show musical du magazine Look et une nomination aux Emmy Awards… Et pourtant, les commandes d’Edsel n’ont pas frémi.

    Edsel avait alors lancé son propre réseau de distribution. Face à l’absence de clients, la marque est intégrée à un pôle Mercury-Edsel-Lincoln dès le mois de janvier 1958. D’un coup, le nombre de points de vente passe d’un gros millier à environ 10 000. Mais les Edsel ne se vendent toujours pas.

    Elles étaient pourtant originales. Une célèbre option appelée « Teletouch Electric Push Button Transmission Selector » est la sélection de la boîte automatique par boutons placés dans le moyeu du volant !

    Les Edsel amassent un maximum de gadgets pour plaire à une nouvelle clientèle. Trois empattements sont proposés avec une Citation cabriolet en haut-de-gamme.

    La face avant est néanmoins très particulière et l’arrière se révèle, en revanche, plus modeste que les concurrentes des autres groupes. Sous le capot, Ford place deux V8 de 303 et 345 chevaux. Si la promesse de Ford d’arriver avec une voiture révolutionnaire n’est clairement pas tenue, le produit est réussi. Mais il ne se vend pas.

    En 1959, la gamme est simplifiée et un petit V6 de 145 chevaux fait son apparition. Mais rien n’y fait. Pour 1960, la calandre est modifiée et l’arrière retouché. L’Edsel est désormais sobre et deux modèles survivent encore. La Ranger est alors affichée à 2 635 dollars, tout à fait dans les tarifs de la concurrence, mais personne n’en veut.

    En novembre 1960, une unique réunion suffit sous la direction du nouveau président Robert McNamara : Edsel n’existe plus. Ce nom qui devait être un hommage entre dans les livres d’histoire comme un cuisant échec. Le premier président de Ford à ne pas appartenir à la famille du fondateur ne reste que cinq semaines à la tête du groupe, le temps de débrancher Edsel. Il est alors appelé par John F. Kennedy pour devenir Secrétaire à la Défense des Etats-Unis durant plus de sept ans. Il aura à gérer la crise des missiles de Cuba et la guerre du Vietnam, avant de devenir président de la Banque mondiale durant treize ans…

  • Comment Gaston Lagaffe a-t-il choisi sa FIAT 509 ?

    Comment Gaston Lagaffe a-t-il choisi sa FIAT 509 ?

    Dans un livre qui lui était consacré, Franquin avouait être Madame Bovary… Comme Flaubert, l’auteur se voyait caché derrière son héros. Oui, Gaston Lagaffe était une partie de Franquin, d’une certaine façon. Alors, dis-nous ami belge, pourquoi cette FIAT 509 ?

    Gaston Lagaffe est le parfait antihéros. La réponse à Spirou, le héros à l’ancienne qui présente si bien, mais qui n’est plus dans l’air du temps. Yvan Delporte, le rédacteur en chef du journal de Spirou, raconte : « Franquin salivait en me présentant ce projet fou. Un héros sans emploi ! Nous sommes descendus dans un café. Là, sur un sous-verre, il a dessiné les traits du personnage qu’il avait en tête. J’avais un copain qui lui ressemblait, il s’appelait Gaston. Ce prénom lui a plu. »

    Franquin a 33 ans, il est prêt à lancer son propre personnage. Le 28 février 1957, Gaston se pointe dans les aventures de Spirou et Fantasio. On ne lui adressera la parole qu’en sixième semaine dans un échange qui jette les bases de la série à venir.

    Spirou : « Qui êtes-vous ? »
    Gaston : « Gaston. »
    Spirou : « Qu’est-ce que vous faites ici ? »
    Gaston : « J’attends. »
    Spirou : « Vous attendez quoi ? »
    Gaston : « J’sais pas. »
    Spirou : « Qui vous a envoyé ? »
    Gaston : « On m’a dit de venir. »
    Spirou : « Qui ? »
    Gaston : « Sais plus. »

    D’abord imaginé sans emploi, Gaston Lagaffe devient « garçon de bureau » pour justifier ses aventures. On est loin des activités habituelles des héros de BD, ni aviateur ni journaliste, pas plus que détective.

    Il faut attendre 1962 pour que Franquin finisse par doter son alter ego d’une voiture. Sa première idée est de dessiner une Citroën 5 CV : « Chez Citroën, quand ils sauront que je roule avec ça, ils m’enverront peut-être une DS 19 ! » Sans réaction du côté du quai de Javel, Gaston abandonne sa voiture durant deux ans…

    Lorsqu’il revient au volant en 1964, Gaston Lagaffe opte pour une FIAT 509, modèle concurrent de la Citroën 5 CV. Là encore, c’est dans la vie de Franquin que l’histoire se crée : « Juste après la guerre, un de mes copains avait acheté une FIAT 509 à un escroc. L’huile fuyait de partout. Je l’ai reconstituée de mémoire. »

    Voilà enfin le héros motorisé ! Sa tire est bien loin des Lincoln, Mercedes et Ford Mustang de M. de Mesmaeker. Mieux, elle devient le terrain d’expérimentation de ses inventions. La petite FIAT – produite de 1925 à 1930 – qui traîne ses 3,70 mètres avec un moteur de 22 chevaux, reçoit des trouvailles pas si farfelues. Les énergies alternatives, la sécurité et la place de l’automobile en ville sont des thèmes déjà abordés.

    Gaston célèbre l’éloge de la lenteur. Plusieurs fois, l’agent Longtarin rattrape la FIAT en vélo. « Je suis à fond », assure pourtant Gaston dont le moteur est « réglé au millipoil ».

    Était-ce vraiment exagéré ? Franquin assure que non : « Les éditions Dupuis avaient déniché une 509 dans une ferme, où elle servait de pondoir pour les poules. Elle a participé à diverses manifestations. Mais, comme elle roulait à 40 km/h, le chauffeur mettait plusieurs jours avant d’arriver à destination, complètement épuisé. »

    Et pourtant, lorsque le gazomètre à charbon de la 509 explose sur l’autoroute, la FIAT passe devant le radar de la gendarmerie à 160 km/h. Un record qui lui permet de dépasser une SM ! Mais lorsqu’il veut conduire Mlle Jeanne aux 24 Heures du Mans via de petites routes, Gaston et sa FIAT 509 se retrouvent sur la ligne droite des Hunaudières… Ils terminent dans un arbre pour suivre la course.

    Chez FIAT, même si l’on sait qu’aucune des 92 500 unités de la FIAT 509 n’a été vendu grâce à Gaston Lagaffe (créé bien après la fin de la production du Lingotto), on fait éditer un album spécial en 1977 baptisé « La fantastica FIAT 509 di Gaston Lagaffe ». Mieux encore, pour le cinquantième anniversaire du héros, le maire de Bruxelles a décrété une journée sans parcmètres début 2007. Voilà un bel hommage !

  • Citroën s’empare de la Tour Eiffel

    Citroën s’empare de la Tour Eiffel

    Des trois grands fondateurs des marques automobiles françaises, deux sont nés dans Paris. Louis Renault et André Citroën sont des enfants de la rive droite. Ils ont grandi en voyant la Tour Eiffel s’élever… Mais un seul a su y écrire son nom.

    Nous sommes à quelques semaines de l’ouverture de l’exposition internationale des Arts Décoratifs de 1925. L’évènement est immense pour Fernand Jacopozzi. Cet Italien naturalisé français est un héros de guerre. En 1918, il remporte un appel d’offres lancé par Clemenceau pour « dessiner » un faux Paris de nuit. L’idée du Tigre est de faire croire aux aviateurs adverses que Paris est autre part. Jacopozzi propose plusieurs dessins. Ce qui devient « le faux objectif de l’Orme de Morlu » débute par une fausse Gare de l’Est située entre Sevran et Villepinte. Les bâtiments en bois sont recouverts de toiles peintes qui imitent le verre des usines. Il enchaine avec le dessin d’une fausse Gare du Nord et détaille un faux Saint-Denis et un faux Aubervilliers destinés à recevoir les bombardements ennemis. Il utilise des lampes de différentes couleurs pour rappeler les Champs-Élysées. Mieux, il met au point un système d’éclairage pour simuler un train en marche. La réalisation est une merveille, mais l’expérience tourne court. L’Allemagne recule et n’a plus les moyens d’attaquer Paris. Armistice.

    Fernand Jacopozzi est un maître de l’illumination. Après la guerre, il multiplie les initiatives pour éclairer Paris. Pour 1925, il rêve de Tour Eiffel. Mais, face au coût d’un tel projet, il doit trouver un partenaire. Jacopozzi approche Louis Renault et d’autres industriels. Tous refusent. André Citroën hésite, mais il finit par accepter le défi.

    Les travaux commencent le 27 mai 1925

    Pour éviter de parasiter les antennes de la Tour, seules trois faces sont illuminées : Trocadero, Grenelle et Bourbonnais. Le côté Champs de Mars reste noir.

    Après six semaines de travaux, la Tour Eiffel s’illumine le 4 juillet 1925 à 22h00 sur sa première face. La foule est déjà immense pour admirer les lettres CITROEN. À la fin du mois, le spectacle est complet avec les trois faces recouvertes de 250 000 lampes électriques de six couleurs différentes. Les lettres CITROEN, façon art déco, mesurent chacune 20 mètres de hauteur !

    Fernand Jacopozzi réalise une prouesse technique. Il fait creuser un caniveau de 400 mètres de long pour acheminer les 32 câbles d’une puissance totale de 1200 kW et 12000 V. Une station électrique est spécialement aménagée avec 14 transformateurs 220/110V. Au total, l’éclairage pèse 25 tonnes. Et pour l’installation, on a fait appel à des acrobates de cirque ou des gabiers de la marine qui n’avaient pas peur du vide.

    Éphémère, le coup de pub revient chaque année. En 1926, Jacopozzi propose une illumination fontaine en amenant 125 000 lampes supplémentaires côté Trocadero. La Ville de Paris prend conscience de l’impact de l’opération et multiplie par six fois la taxe pour autoriser l’éclairage.

    L’année suivante, la foudre s’abat sur la Tour Eiffel. Aucun problème avec la météo, c’est le nouveau projet pharaonique de l’illuminé Jacopozzi. Citroën ne peut plus suivre les délires budgétaires de son partenaire, mais la Ville de Paris accepte de revenir sur ses prétentions tarifaires pour faire perdurer l’expérience. Bonne pioche, cette année-là, Lindbergh se sert de l’éclairage de la Tour Eiffel, visible à 40 km, pour se repérer au terme de sa traversée de l’Atlantique en avion. Après avoir posé son Spirit of Saint-Louis au Bourget, il est invité à fêter son exploit au quai de Javel. Encore un coup de pub !

    Chez Renault, la pilule passe mal. Et André Citroën continue malgré un investissement exorbitant. En 1928, c’est la nouvelle C6 qui est mise en valeur durant le Salon de l’Auto organisé au Grand Palais. L’illumination est constituée de cinq rangées de lampes de 600 bougies. Elle clignote, en alternance avec les dessins des années précédentes. Chaque soir est un spectacle.

    L’année suivante, la Tour Eiffel et Citroën fêtent la C4. Jusqu’en 1935 et le « rachat » de Citroën par Michelin, la tour de 300 mètres fait la publicité du constructeur du quai de Javel. En 1933, le record de la plus grande horloge du monde est battu avec un cadran de 20 mètres de diamètre. Un an plus tard, Jacopozzi y ajoute un thermomètre constitué de mille lampes rouges et blanches pour afficher des températures de -12 à +33°C. Cette même année, Citroën choisit de communiquer sur la nouvelle Traction Avant 7 CV.

    Plusieurs autres grandes marques françaises se sont servies du symbole parisien : Air France, Alain Afflelou, la Samaritaine et quelques autres ont acheté des publicités sur la Tour… Jusqu’à ce que le PSG ne débourse « au moins 50 000 euros » la semaine dernière pour un petit écran situé sous le premier étage destiné à accueillir Neymar Jr.

    L’œuvre de l’artiste Jacopozzi a tellement marqué Paris qu’un spectacle d’une dizaine de minutes a été commandé pour fêter les 90 ans de Citroën et les 120 ans de la Tour Eiffel, pour le lancement de la nouvelle C3, tout en évitant soigneusement d’y réécrire Citroën. Dans ce nouveau siècle, la publicité aurait pu choquer…

  • La Frégate a fait prendre l’eau à Renault

    La Frégate a fait prendre l’eau à Renault

    Comment accompagner l’entrée de la France dans les trente glorieuses ? Après la populaire 4 CV, Renault imagine les familles françaises au volant d’une grande berline moderne : la Frégate. Et, déjà, le Losange se manque sur sa proposition haut-de-gamme qui ira même jusqu’à coûter la vie à son président.

    Nous sommes en 1944. Les usines Renault viennent d’être libérées et Louis Renault est incarcéré à la prison de Fresnes. Accusé d’avoir collaboré avec l’ennemi, le fondateur de Renault meurt avant son procès.

    Dès le mois de septembre, les sites de production sont réquisitionnés pour participer à l’effort de guerre. Pierre Lefaucheux est nommé administrateur provisoire. Il entame une longue reconstruction et dessine une nouvelle hiérarchie.

    Dès le début de l’année 1945, l’ordonnance de nationalisation est proclamée. La Régie Nationale des Usines Renault est créée en reprenant tous les actifs de Renault. Pierre Lefaucheux en devient Président Directeur Général.

    Tous les efforts sont alors destinés à faire de la 4 CV la voiture populaire française par excellence. L’objectif est de motoriser le pays tout en se montrant conquérant face aux Volkswagen Coccinelle, Morris Minor et FIAT 500. Dans l’Hexagone, la position de Renault permet à la 4 CV de profiter de tout l’acier disponible. Citroën prend un énorme retard dans la production de sa 2 CV à cause de cette pénurie organisée.

    Enfin sur de bons rails, la Régie rêve d’une grande berline pour accompagner la 4 CV alors que les années 1950 se profilent.

    Illustration : wikipedia

    Le projet 108 date de 1946. Pour Lefaucheux, il faut contrer la Traction de Citroën avec une proposition bien plus moderne. Il lance la conception d’une grande berline 6 places (deux banquettes trois places) avec un moteur 2 litres 4 cylindres placé à l’arrière.

    Les ingénieurs de Renault abandonnent cette configuration du moteur arrière, emprunté à la 4 CV. La Frégate prend du retard et Pierre Lefaucheux fait accélérer le rythme pour une présentation au Palais de Chaillot le 30 novembre 1950. La mise au point est bâclée. Un an plus tard, lors du Salon de l’Auto 1951, le carnet de commande est ouvert. La toute nouvelle usine de Flins entame la production.

    La grande Renault est imposante. Les lignes de Robert Barthaud offrent une large habitabilité, avec un énorme coffre. Sur la route, c’est pourtant une déception. Renault avait choisi de partir de la base du petit 760 cm3 de la 4 CV pour produire un 1 996 cm3 qui développe 56 chevaux. C’est trop peu pour les 1 230 kg d’une grande routière. La presse – l’Auto-Journal en tête – pointe ce manquement et le début de carrière de la Frégate est chaotique.

    Illustration : wikipedia

    Pourtant, Renault joue adroitement du marketing. Le tout premier modèle est livré le 22 novembre 1951 au baron Surcouf, descendant du corsaire devenu l’un des plus riches armateurs de Saint-Malo. Le directeur commercial de la Régie remet les clés d’une Frégate au baron dans le magasin d’exposition des Champs-Elysées (devenu Atelier Renault) tandis que le personnel est habillé en corsaire. Une fois la cérémonie terminée, la Frégate du baron est escortée par cinq autres Frégate jusqu’à Saint-Malo pour une autre réception avec les personnalités locales.

    Mais les premiers clients ne se montrent pas satisfaits de leur Frégate. Rapidement, Renault réagit. Le pont arrière reçoit une profonde évolution. Moteur, boîte, direction, insonorisation… Tout est revu. En 1955, une nouvelle calandre fait son apparition et le moteur passe à 64 chevaux. Enfin, la Frégate atteint 135 km/h. Cette année-là, les ventes dépassent les 50 000 unités. Les noms sont évocateurs : Amiral, Etendard ou Grand Pavois.

    Pourtant, la Frégate fait une nouvelle fois vaciller Renault. Son président, Pierre Lefaucheux prend la route de Strasbourg pour une conférence. Au volant de sa Frégate, il est victime d’un accident de la route. Piégé par une plaque de verglas, il se tue dans la grande berline qu’il avait tant voulu.

    Pierre Dreyfus lui succède. Malgré une innovante, mais lourde, boîte automatique et un break, les ventes retombent après 1955. L’arrivée du moteur 2,2 litres 77 chevaux et des victoires dans des concours d’élégance n’y changent rien. En 1960, il décide de mettre un terme à la production après le lancement de 180 000 Frégate sur les routes. 180 000 Frégate en huit ans, dont plus de 50 000 sur la seule année 1955.

  • Et oui, c’est la reprise !

    Et oui, c’est la reprise !

    Ce soir, la Ligue 1 (Conforama) entamera sa quatre-vingtième édition avec l’extraordinaire arrivée de Neymar et le secret espoir de conserver Kylian Mbappé. Saviez-vous que cette folie du football professionnel qui parvient à générer un immense chiffre d’affaires a été initiée en France par Peugeot ?

    Dès 1885, le professionnalisme est autorisé dans le football anglais. Mais, la France, déjà la France, préfère le romantisme de l’amateurisme. Personne ne peut être payé pour jouer au football. Pourtant, ce sport prend rapidement une immense importance dans de nombreux pays du monde. Avant même la Première guerre mondiale, des joueurs touchent des sommes importantes par des moyens détournés. A tel point que le président de l’Olympique Lillois, l’une des références de l’époque, est suspendu deux ans lorsque l’on « découvre » un système de rémunération occulte. Beaucoup utilisent des entreprises pour embaucher des joueurs sur des postes fictifs avant de les envoyer à l’entrainement…

    À contre-pied des clubs qui se servent d’une entreprise pour attirer des joueurs, certaines entités sont de vrais clubs corporatifs. En 1904, l’Association Sportive de Valentigney est exclusivement composée d’ouvriers de l’usine de cycles Peugeot. La famille Peugeot voit l’initiative d’un très bon œil dans une logique sociale. Dans toute la vallée du Doubs, des clubs se créent autour des sites de production. Là encore, la professionnalisation rampe au fur et à mesure de l’augmentation du niveau. Et lorsque l’AS Valentigney atteint la finale de la Coupe de France au Stade Yves du Manoir en 1926, les primes sont conséquentes.

    Présentation au Président Lebrun

    Deux ans plus tard, Peugeot centralise ses usines à Sochaux. Jean-Pierre Peugeot veut en profiter pour monter un nouveau club et valoriser l’image de sa société par le sport le plus populaire. Le FC Sochaux-Montbéliar prend forme, à l’initiative de Louis Maillard-Salin et Maurice Bailly, deux salariés de Peugeot, pour « porter bien haut le fanion des automobiles Peugeot à travers la France au cours des rencontres qu’elle aura à disputer avec les meilleures équipes nationales ».

    Jean-Pierre Peugeot se lance dans une campagne de recrutement. Il paie des joueurs et place son équipe dans le monde professionnel. Nous sommes à la fin des années 1920, cette initiative pose problème à la fédération qui décide de ne pas accepter le FC Sochaux dans son championnat qui n’existe plus au niveau national depuis 1914 et la Première guerre mondiale.

    Chez Peugeot, ce refus entraine une réaction avec la création d’une compétition propre : la Coupe Peugeot ! En 1930 / 1931, huit équipes s’affrontent. En finale, le FC Sochaux s’impose face à l’Olympique Lillois 6 à 1. La Fédération Française de Football doit baisser les armes. Elle autorise le professionnalisme et ordonne la renaissance d’un vrai Championnat de France en 1932.

    La Coupe Peugeot vit une seconde saison avec vingt clubs. Le FC Sochaux ne sort pas des poules et le FC Mulhouse décroche le titre contre le Stade Français (4-2) à Montrouge.

    À partir de 1932 (et jusqu’en 2015), Peugeot est à la tête du FC Sochaux. Mais pas que. Si l’objectif de Jean-Pierre Peugeot était de porter l’image de l’entreprise, Peugeot a également beaucoup investi au niveau amateur avec un championnat inter-usines. D’abord créé pour être une compétition interne, il est devenu le terrain d’une sélection des meilleurs joueurs / ouvriers qui représentaient ensuite le FC Autos Peugeot dans un Championnat de France Corpo.

    Au plus haut niveau, Sochaux gagne deux titres en 1935 et 1938 avec des joueurs comme le Suisse André Abegglen ou Roger Courtois. Après la Seconde guerre mondiale et jusqu’en 2004, le club de Peugeot ne gagne plus le moindre titre national. La marque ne mise plus sur des stars pour briller. Au début des années 2000, une génération dorée arrive avec les Camel Meriem, Pierre-Alain Frau et Benoît Pedretti dont les parents avaient travaillé à l’usine qui jouxte le Stade Auguste-Bonal (Directeur de l’Emboutissage Peugeot et directeur sportif de l’équipe mort en déportation en 1945). Résultat : une Coupe de la Ligue et une Coupe de France.

    Pourtant, le lien est cassé. Même si les joueurs continuent de faire une visite annuelle sur le site de production, le président du club ne reçoit aucun message des dirigeants de Peugeot lorsque le FC Sochaux remporte la Coupe de France 2007.

    En 2014, Carlos Tavares prend la tête du Groupe PSA. Il doit sauver les entreprises. Des négociations débutent pour se séparer du club de football… Un an plus tard, le Groupe annonce la vente du FC Sochaux – alors en Ligue 2 – au groupe chinois Ledus. Beaucoup d’amoureux du football y voit la fin d’une certaine image du football, pourtant celle qui avait engendré le professionnalisme.

  • La première Bugatti électrique

    La première Bugatti électrique

    Les amoureux du 8 cylindres en ligne (et leurs descendants qui ne jurent plus que par les W16) trouveront l’idée peut-être un peu étrange : Ettore Bugatti avait fait développer un véhicule électrique en 1926.

    Dans toute l’histoire de la marque Bugatti, seuls deux modèles ont dépassé le millier d’exemplaires produits. Le plus grand succès de production fut la Type 19 réalisée en collaboration avec Peugeot : 3 095 exemplaires sortis des lignes d’assemblage entre 1913 et 1916.

    L’autre modèle de plus de 1 000 unités est la Type 44. Evolution de la Type 38, cette voiture de sport a été construite entre 1927 et 1931 à 1 095 exemplaires avec un moteur 8 cylindres en ligne de 80 chevaux pour une masse totale de 1 100 kg.

    Juste derrière les best-sellers, on trouve les Type 40 et l’extraordinaire série des Type 57… Puis la Type 52.

    Mais la Type 52 n’apparaît pas dans toutes les catalogues, entre la Type 51 (remplaçante de la Type 35 qui a gagné de nombreux Grands Prix) et de la Type 53.

    Illustration : Wikipedia

    Déjà une voiture électrique ?

    Dès la fin du XIXe siècle, le moteur électrique était une réelle alternative aux moteurs à essence et à vapeur. Entre 1890 et 1900, les flottes de taxis adoptent ce système de propulsion et quelques conducteurs engagent des voitures électriques en compétition. L’emblème reste La Jamais contente de l’ingénieur belge Camille Jenatzy, premier véhicule à dépasser les 100 km/h. On entre dans un court âge d’or du véhicule électrique. En 1900, les Etats-Unis produisent 1 681 véhicules à vapeur, 1 575 électriques et 936 à essence…

    Mais les rapides développements des moteurs essence et la masse des batteries au plomb pour une autonomie d’une cinquantaine de kilomètres mettent un coup d’arrêt à la percée de l’électricité. Pourtant, la technologie est connue et facile à mettre en œuvre.

    C’est donc l’option choisie par Ettore Bugatti pour offrir une Type 52 à son quatrième enfant Roland.

    Illustration : Bugatti
    Jean et Roland Bugatti devant l’Orangerie du Château Saint-Jean à Molsheim.

    « Rien n’est trop beau, rien n’est trop cher. »

    Pour le cinquième anniversaire de Roland, Ettore dévoile donc une version à l’échelle ½ de sa Type 35 de Grand Prix. Cette Type 52 fait le bonheur de l’enfant. A tel point que la marque l’expose à Milan et déclenche une vague de commandes.

    Et dire que j’étais tout fier avec la Baghera que l’on avait à la maison…

    Sous le capot, un moteur électrique Paris-Rhône relié à une batterie au plomb 12 volts permet d’avancer en marche avant ou en marche arrière à une vitesse de 20 km/h. Le reste est du pur Bugatti : suspension avant à lames, quatre freins à tambours, une roue de secours, un intérieur cuir et un tableau de bord avec un ampèremètre.

    D’abord développé avec un empattement de 1,22 mètre, la Type 52 a également été proposée avec un capot allongé (1,32 mètre entre chaque essieu) pour une longueur de 1,95 mètre et 0,625 mètre de large pour une masse totale d’environ 70 kg. L’échelle ½ n’a pas été clairement respectée pour favoriser le montage des pièces.

    L’initiative fut un énorme succès commercial. 450 exemplaires ont été produits. Outre Roland Bugatti, le Prince du Maroc, le futur roi Baudoin ou les fils Mussolini ont aussi joué au pilote dans cette « Bébé » Bugatti.

    Un dernier pilote connu ? Abdallah s’en fait offrir une par son père l’Emir dans Tintin au Pays de l’Or Noir. La plus simple manière de montrer comment gâter un enfant…

    Un modèle recarrossé est exposé à la Cité de l’Automobile, Collection Schlumpf… Un dernier mot ? L’un des exemplaires a été vendu aux enchères par Artcurial lors de Rétromobile 2017. Estimé entre 30 000 et 50 000 euros, il est parti à plus de 90 000 euros ! Une vraie Bugatti.

  • Cars : un morceau de culture automobile

    Cars : un morceau de culture automobile

    Comment entrer dans le mythe automobile ? Faire rêver les enfants, les imprégner d’une marque qu’ils aimeront toute leur vie : voilà l’idée simple de Cars, le film d’animation de Pixar dont l’influence ira grandissante durant encore des années et des années.

    John Lasseter est à l’origine du projet. En compagnie de Joe Ranft – scénariste de Toy Story – il commence à imaginer un film d’animation autour de l’automobile en 1998. À cette époque, les deux hommes de Pixar voient le documentaire Divided Highways sur la construction d’une autoroute américaine et l’incidence sur les petites villes des régions traversées : « Nous avons commencé à songer à ce que cela devait être de vivre dans ces lieux que le passage de l’autoroute avait plongés dans l’oubli. »

    À sa genèse, le projet prend le nom de « Route 66 », mère de toutes les routes américaines, durement touchée par le déploiement du réseau autoroutier avant de vivre un revival spectaculaire. Mais le titre devait être différent pour éviter de trop coller à une émission de télévision qui cartonnait aux États-Unis dans les années 1960.

    Pour John Lasseter, cet objectif de réaliser un film d’animation sur l’automobile ne date pas tout à fait de 1998. Tout petit, il rendait déjà visite à son père qui gérait le service de pièces détachées d’une concession Chevrolet.

    Et si l’équipe du film s’est doucement constituée avant de partir en périple sur la Route 66 durant neuf jours pour s’imprégner de l’ambiance des petites villes oubliées de l’Ouest américain, une ville a vraisemblablement davantage marqué Lasseter que les autres : Kanab. J’y suis allé en mars dernier lors de l’essai du nouveau Land Rover Discovery, après un passage dans le parc naturel de Zion.

    La légende raconte que John Lasseter avait l’habitude de traverser cette ville de 3 500 habitants lorsqu’il se rendait dans sa résidence sur les rives du lac Powell, jusqu’à s’en inspirer pour créer Radiator Springs dans le premier épisode de Cars. Kanab avait déjà largement accueilli Hollywood avant même la naissance du directeur artistique de Pixar. À l’époque du cinéma muet, le western Deadwood Coach y avait été filmé. Par la suite, deux cents films ont été tournés dans la région, de Josey Wales hors-la-loi de Clint Eastwood à La Planète des Singes et, plus récemment, John Carter.

    Pour le visiteur, la traversée de Kanab est fidèle à l’expérience de Flash McQueen. Rien ne rappelle vraiment Radiator Springs, pas plus que le passage de John Wayne, Johnny Cash, Franck Sinatra ou Dean Martin. Non, vraiment, lorsque l’on entre dans Kanab, il n’est pas question de s’y arrêter.

    Il faut se resituer : nous sommes entre l’Utah et l’Arizona. Il gèle en hiver et la température dépasse les 40°C l’été. Nous sommes au milieu de rien, uniquement contemplés par des pierres usées par le temps.

    C’est la force de Cars : faire vivre une partie de la culture américaine au cœur d’un conte pour enfants. Le Rookie qui ne pense qu’à la vitesse, qu’à la gloire et la victoire se trouve confronter à une vie qu’il ne connait pas. Où le temps – le chrono – n’a qu’une valeur très relative. Où l’amitié et l’entraide s’avèrent d’une redoutable efficacité.

    Susie le petit coupé bleu

    Dans le dessin, John Lasseter s’est inspiré de Susie, le Petit Coupé Bleu, une création de 1952. Les yeux du personnage ne sont pas simplement placés à la place des phares, ils occupent la totalité du pare-brise. C’est une manière de le rendre plus expressif, mais aussi un casse-tête pour les animateurs qui doivent jouer avec cette nouvelle dimension et un écart entre la bouche (calandre) et les yeux (pare-brise).

    Le reste est une succession d’hommages. À Joe Ranft, dont on a parlé au début, qui est mort en 2005 dans un accident de la circulation… À Glenn McQueen également, un autre animateur de Pixar mort en 2002. Le nom de Lightning McQueen lui est dédié, même s’il est évidement que McQueen évoque bien d’autres souvenirs aux amoureux de la culture automobile. La plaque d’immatriculation de Fillmore est « 51237 » soit la date de naissance de George Carlin (12 mai 1937) qui lui prête sa voix. Dans les premiers scénarios, Lightning McQueen (Flash en français) devait porter le numéro 57 (année de naissance de Lasseter). Il est devenu 95, en référence à l’année de sortie de Toy Story. Et les pneus de Lightning, un placement produit ? Lightyear fait référence à Goodyear, mais aussi et surtout à Buzz Lightyear, l’un des principaux personnages de Toy Story, toujours Toy Story. Et encore Toy Story ? Le sponsor Dinoco est déjà visible dans l’immense succès de Pixar : c’est la station-service où Woody et Buzz montent dans la voiture de Pizza Planet (aussi présente dans Cars).

    Encore des hommages ? Lors de la première course de Cars, le King dépasse une voiture au 294e tour. Elle est blanche, frappée du logo Apple et elle porte le numéro 84 de l’année du lancement de Macintosh… Un clin d’œil à son compère Steve Jobs. Et la plaque de Mater (aussi le numéro du train qui manque d’entrer en collision avec McQueen) ? A113, le numéro de la salle fréquentée par John Lasseter, Brad Pitt et beaucoup d’autres dans l’université California Institute of Arts. A113 est aussi marqué sur un avion de Cars 2 (ainsi que dans un nombre incroyable de séries et de films hollywoodiens).

    Cars 2 a imposé une réflexion totalement différente. C’est un film d’espionnage sous fond de sport automobile. Au-delà des dizaines d’easter-eggs 100 % Pixar (The Incredibles, Toy Story, Brave, Ratatouille, 926 nouveaux personnages ont été modélisés pour créer des figurants et des villes ont été « voiturisées ». À Tokyo, à Paris, à Porto Corsa ou Londres, les bâtiments sont construits à partir de pièces de véhicules et de moteurs. Les Citroën 2 CV et DS sont présentes dans la capitale française, une Topolino dessine le rocher de la Riviera et Big Ben devient Big Bentley à Londres.

    Dans Cars 3, qu’il vous faudra découvrir, vous aurez encore l’occasion de chercher le camion de livraison Pizza Planet, l’inscription A113 (si vous voulez briller en société, regardez du côté du bureau de Sterling !), le carrosse de Cendrillon (Pixar appartient désormais à Disney), le ballon Pixar (très, trop transformé) et pour les fans de Nascar, les vrais pilotes engagés en course (Bubba Wallace est Bubba Wheelhouse, Daniel Suarez est Daniel Swervez, Chase Elliott est Chase Racelott et Ryan Blaney est Ryan Inside Laney. Et aussi quelques références au prochain film de Pixar « Coco »…

    Côté voix, Lewis Hamilton, Darrell Walltrip, Jeff Gordon et Richard Petty reviennent et un instant émouvant vient de la reprise d’un enregistrement de Paul Newman. Mais le concept est beaucoup moins poussé que dans le premier épisode qui avait réservé des places à Michael Schumacher, Jeremy Clarkson, Jay Leno, Mario Andretti…

    Rendez-vous en salles et attention au big one. (et promis, on parle bientôt du design de Sterling !)

  • Toyoda ou Toyota ?

    Toyoda ou Toyota ?

    Toyota est un empire. Premier constructeur automobile mondial depuis 2007 – même si la lutte est serrée avec le Groupe Volkswagen, Daimler ou l’Alliance Renault Nissan selon les paramètres pris en compte – il est implanté dans une ville qui porte son nom, il a inventé un système de production qui reprend son nom. Mais d’où vient ce nom, si proche du patronyme de son fondateur Kiichiro Toyoda ?

    C’est un peu la semaine Toyota… Après avoir appris ce qui était à l’origine de la fondation du Toyota Gazoo Racing, je m’en vais explorer cette petite nuance qui change tout : pourquoi la marque fondée par Kiichiro Toyoda s’appelle Toyota ?

    Remontons à la fin du XIXe siècle. Sakichi Toyoda invente un métier à tisser mécanique et automatique dans lequel il insère le principe « Jidoka » qui arrête seul la production à la détection d’un problème. Ce fils d’un charpentier n’est pas qu’un inventeur. Il imagine également l’avenir de la société industriel par des réflexions philosophiques. Sakichi Toyoda met au point le concept des 5 « pourquoi ». Lorsqu’un problème apparait, il faut se poser cinq fois la question « pourquoi » afin de trouver une solution. Ensuite, il est nécessaire de mettre en place une parade qui empêchera le problème de devenir récurant. Cette idée est toujours utilisée dans les contrôles qualité et la réduction des coûts.

    Durant un voyage aux Etats-Unis en 1910, il prend conscience du potentiel de son invention. La Première guerre mondiale lui donne raison. Ses deux cents métiers tournent à plein régime et la fortune arrive.

    Aujourd’hui surnommé le « Roi des Inventeurs Japonais », Sakichi Toyoda est à la tête de Toyoda Automatic Loom Works, devenu au fil du temps « Toyota Industries Corporation ». De Toyoda à Toyota, quelque chose s’est passé et c’est à cause de la branche automobile.

    La maison de la famille Toyoda

    Fils aîné de Sakichi, Kiichiro Toyoda apprend aux côtés de son père. L’objectif est de diversifier l’entreprise. Après des passages aux Etats-Unis et en Europe, il rêve de fonder une marque automobile et reçoit l’assentiment familial peu avant le décès du patriarche qui l’encourage à suivre ses rêves.

    Kiichiro Toyoda commence à produire ses premiers véhicules en 1933 au sein d’un département de Toyoda Automatic Loom Works avant de fonder « Toyota Motor Corporation » en 1937.

    Les premières réalisations, les A1, G1 puis AA, étaient donc commercialisées sous l’appellation Toyoda. L’inspiration américaine est notable et l’obsession de la fiabilité, déjà, héritée de Sakichi. En septembre 1936, Kiichiro travaille déjà sur la création de sa marque automobile indépendante. Il lance un grand concours destiné à trouver un logo. 27 000 participants envoient leurs créations.

    Le design vainqueur montre les trois lettres katakana (écriture syllabique en japonais) TOYODA disposée verticalement et entourées d’un simple cercle. Au Japon, il est possible d’écrire de quatre façons : en kanji qui est l’alphabet de base, en katakana qui est une option syllabique, en hiragana qui est une abréviation cursive du kanji et en romaji qui reprend l’alphabet « romain ».

    L’option romaji aurait été très osée à l’époque, peut-être vue comme beaucoup trop progressiste. C’est donc le katakana qui a rassemblé les suffrages. Mais, une fois le logo désigné, le beau-frère de Kiichiro Toyoda se mêle de l’affaire.

    Rizaburo Toyoda s’est pleinement intégré dans la famille. Né Kodama, il a pris le patronyme de sa femme Aiko, la fille de Sakichi et sœur de Kiichiro (c’est traçable, même sans arbre généalogique).

    Sans doute moins attaché au nom « Toyoda » que les autres, il tente d’apporter des modifications. Toyoda réclame dix coups de crayon, quand Toyota n’en a besoin que de huit (retrait de deux « apostrophes »). Le logo s’en trouve simplifié, le nom modifié met une distance entre la famille et la nouvelle entreprise aux ambitions internationales, le « da » en écriture kanji signifie également champ de riz et donne une connotation trop secteur primaire et « vieilles fermes ».

    Et comment s’assurer du soutien total de ses pairs ? Rizaburo Toyoda souligne qu’avec ses huit traits, Toyota aura davantage de chances de prospérer. Le chiffre 8 est un symbole de bonne fortune au Japon.

    Quelques mois plus tard, Kiichiro Toyoda fonde Toyota Motor Corporation. Tout Toyoda devient Toyota et même la ville de Koromo – où sont installées les usines Toyota – est rebaptisée Toyota en 1959 !

  • Amstramgram, tu ne seras pas la millionième Porsche 911 !

    Amstramgram, tu ne seras pas la millionième Porsche 911 !

    Un amoureux de l’automobile comme il en existe partout dans le monde : Rob Tenuta. La semaine, il pose des cloisons. Le reste du temps, il prend le volant de véhicules qui le font rêver. Sa première voiture était une Chevrolet Camaro rouge. Désormais, il roule dans une Porsche 911 (quasiment) historique.

    Ce n’est pas la première fois que ce Canadien s’installe dans l’habitacle d’une Porsche. S’il préfère se rendre sur les chantiers en Range Rover, il a pris l’habitude de conduire les productions de Stuttgart. Ces dernières années, il s’était offert une Porsche Cayman de 2006, puis une Porsche 911 Turbo de 2009. Mais cette fois, il possède sa première Porsche neuve.

    Lorsqu’il s’est rendu dans le nouveau Centre Porsche installé à Pfaff, dans l’Ontario, il a tout choisi : une Porsche 911 Targa 4 GTS, une teinte rouge « indien », des étriers rouges et des ceintures de sécurité… rouges !

    Mais un mois avant la date de livraison, il a reçu un appel de Porsche. Aucune inquiétude, bien au contraire. L’annonce est plutôt inattendue : la Porsche 911 Targa 4 GTS qu’il a commandée depuis le Canada sera la 999 999e Porsche 911 produite.

    « Lorsque j’ai appris que ma Targa serait un peu spéciale, je me suis dit que c’était la bonne. Je vais la garder ! », promet Rob Tenuta. « Le hasard a fait que c’était la première fois que je commandais une voiture personnalisée. D’habitude, j’achète de façon plus spontanée, selon mes envies ou un coup de cœur. »

    Sur la chaîne d’assemblage de Zuffenhausen, le compteur était surveillé. Les commandes s’alignaient normalement avec les caisses prêtes à être montées. Le millionième châssis était destiné à être réservé à la marque.

    Le hasard a donc choisi que le morceau d’aluminium destiné à partir au Canada allait devenir la 999 999e Porsche 911. Celle que l’on allait trop voir devant la millionième, celle qui allait gêner les photographes pour immortaliser la conception de l’un de châssis les plus importants de l’histoire de la marque.

    Car Wolfgang Porsche et quelques grands pontes du constructeur ont assisté à la fin de l’assemblage de la Porsche de Rob Tenuta, réunis pour fêter la millionième Porsche. Ce 11 mai, ils ont vu les ultimes finitions de cette 911 Targa 4 GTS rouge qui aura une existence très normale, contrairement à la millionième, outil marketing destiné à assurer une tournée promotionnelle avant de finir au musée.

    « Je suis très heureux d’être le propriétaire de cette 911 qui a frôlé un seuil historique. Je comprends que le millionième exemplaire reste chez Porsche. Je peux vous assurer que la numéro 999 999 est aussi entre de bonnes mains, elle vivra des jours paisibles. Je me contenterai de la faire rouler, de profiter du ciel au-dessus de ma tête. Je pense que je vais parcourir mille kilomètres par an. Ma première balade en GTS, ce sera avec mon père. Je lui ai promis. Ma femme me le pardonnera. »

    La livraison a eu lieu au début du mois de juillet. Lors de la remise des clés, le président de Porsche Canada a également offert une miniature de 911 noir anodisée, comme la barre antiroulis de sa Porsche.

    Et pendant ce temps-là, la Porsche 911 Carrera S « 1 000 000 » en encore en pleine tournée promotionnelle. Comme une actrice.

  • Quand Rolls rencontre Royce

    Quand Rolls rencontre Royce

    « Le hasard est le travestissement favori du destin. » Sacha Guitry ! Bonne réponse collégiale des Grosses Têtes. Ce hasard ou le destin a mené Charles Rolls et Henry Royce à déjeuner ensemble un 4 mai 1904. Autour d’une table du Midland Hotel de Manchester, ils ont mis leurs forces en commun pour fonder Rolls-Royce.

    Sans se connaître, les deux hommes avaient la même profonde passion pour la mécanique.

    Henry Edmunds est à l’origine de cette rencontre du 4 mai 1904. Il est actionnaire de la nouvelle entreprise Royce. Henry Royce, qui avait commencé sa carrière dans l’ingénierie, par un contrat dans l’une des premières compagnies d’électricité de Grande-Bretagne, avait créé Cook Street pour mettre au point du matériel électromécanique. Mais c’est en achetant sa première automobile d’occasion, une De Dion-Bouton, qu’il trouve sa voie.

    La De Dion démarre trop rarement, elle s’avère lente, inconfortable et surchauffe très vite. Il perçoit une opportunité et conçoit sa première voiture : le 10 HP.

    Charles-Royce-Henry-Rolls

    La première « Rolls » était une Royce

    Le prototype est une réussite, mais la nouvelle entreprise Royce a besoin d’argent pour lancer la production. Henry Edmunds multiplie les contacts. Ami de Charles Rolls, il sait que les deux hommes sont destinés à travailler ensemble.

    Edmunds présente le projet de l’inventeur Henry Royce au riche Charles Rolls : une superbe petite voiture bicylindre « qui était peut-être la plus belle construite en Angleterre. »

    Rolls a fait le déplacement vers Manchester en train. Sur la route, il confie à Henry Edmunds qu’il veut produire une voiture à son nom qui deviendrait aussi populaire que Broadwood pour les pianos ou pour les assurances.

    En quelques instants, Rolls comprend que la Royce 10hp est la voiture qu’il cherche. Malgré des origines fort différentes, Rolls et Royce s’entendent très vite.

    Rolls promet alors à Royce de vendre toutes les voitures que son nouvel associé pourrait produire sous le nom de Rolls-Royce.

    Charles Rolls emprunte une 10hp pour rentrer à Londres le soir même. À son arrivée à minuit, il appelle son associé Claude Johnson pour lui raconter sa journée : « J’ai rencontré le plus grand ingénieur du monde. »

    Plus d’un siècle plus tard, Rolls-Royce présente la huitième génération de sa Phantom, « certainement la plus belle voiture construite en Angleterre ».

  • Le pilote d’essais de la Lexus LFA Nürburgring Edition est mort

    Le pilote d’essais de la Lexus LFA Nürburgring Edition est mort

    Le 24 juin 2010, l’information du décès du pilote-essayeur de la Lexus LFA Nürburgring Edition est passée sur de nombreux sites internet, allant bien au-delà du monde purement automobile. Les photos de la collision frontale avec une BMW Série 3 sont encore visibles. Ce jour-là, derrière le sensationnel de cette actu, le groupe japonais a fait plus que vaciller…

    47 ans. 47 ans c’est assez pour avoir de l’expérience. 47 ans de carrière, c’est suffisant pour prendre des décisions au sein du Groupe Toyota. Cette matinée du 23 juin, Hiromu Naruse venait de faire son dernier tour de circuit sur la Nordschleife, sans le savoir. À ce moment-là, aucun japonais n’avait accumulé autant de kilomètres sur ce que Jackie Stewart avait surnommé « The Green Hell ».

    Tous ces tours – depuis tant d’années – n’avaient qu’un objectif : concevoir le modèle de ses rêves, devenue Lexus LF-A Nürburgring Edition. Dans sa robe orange, elle était plus puissance que « sa » LFA d’origine, avec un aileron fixe et des suspensions spécifiques. Tout ce que Hiromu Naruse avait appris en mettant au point l’AE86, la Celica, la MR2 et, surtout, la Supra, était dans cette LFA.

    Au terme de ce dernier tour, Hiromu Naruse se tourne vers Yohinobu Katsumata pour lui affirmer que la voiture est quasiment prête. Quasiment. Enfin, il touche son Graal : développer une voiture capable de rivaliser avec les meilleures productions européennes.

    Yohinobu Katsumata est l’un des pilotes de pointe de Toyota. Il travaille avec Naruse depuis des années et ne prend le relais que lorsque tout est prêt. Et quand Naruse lui propose de prendre le volant pour faire un tour, il décline poliment et sort de l’habitacle. La séance de travail en piste est terminée. Dans le box, l’équipe Toyota range et prépare la session suivante, tandis que l’on entend dire que les amortisseurs doivent être vérifiés.

    Hiromu Naruse avait constitué une petite équipe d’ingénieurs pour travailler sur cette supercar modelée selon ses goûts, selon ses dizaines d’années d’expérience.

    Quand il se prépare à quitter le circuit pour rejoindre l’atelier de Toyota, on appelle un assistant pour ramener la voiture. Et les amortisseurs ont besoin d’être vérifiés. Naruse prend le dessus. Il conduira seul. Il n’y a que trois kilomètres, trois kilomètres qu’il a parcourus des centaines de fois avec toutes les Toyota imaginables. Il remonte la vitre et démarre. Son histoire s’arrête là.

    Idole au sein de la maison Toyota, Hiromu Naruse était un quasi-inconnu, comme beaucoup d’essayeurs et de metteurs au point des plus grands constructeurs. Son nom est apparu et disparu en quelques heures, sans que l’on puisse mesurer à quel point le Toyota de 2010 portait son héritage.

    Depuis près d’un demi-siècle, avec une marque aussi généraliste que Toyota, il avait mis sa propre marque sur les Sports 800, 1600GT, 2000GT, AE85 Sports Trueno, Corona, Celica, MR2, Supra, Lexus IS…

    toyota-supra-1986

    Katsumata en parlait comme d’un « docteur en pilotage. Il conduisait vraiment différemment. Il parlait avec ses quatre roues. Un dialogue s’installait entre la machine et lui. Il la comprenait. »

    Parmi ses anciens collègues, les souvenirs sont émus. Lors des séances de développement, il formatait ses équipes pour qu’elles ne pensent qu’au véhicule sur lequel elles travaillaient. Ne jamais être distrait par autre chose. Durant les dîners, la mise au point était l’unique sujet de conversation.

    Hiromu Naruse était entré chez Toyota en 1963, dans le Département n°7 dédié aux sports mécaniques. À cette époque, il a œuvré sur la 2000GT et la Toyota 7 qui préfigurait les voitures de sport prototype à venir. C’est en multipliant les tours sur la piste d’essais maison qu’il a fait de l’un des douze principes de Toyota le sien : Genchi Genbutsu. Sa traduction serait : « Avance et vois par toi-même ».

    toyota-2000gt

    En 1973, le Département n°7 est fermé et Naruse est muté au développement des véhicules. Il y apporte sa science et son habitude de toucher les voitures. Au fil des années, il rend fous les ingénieurs avec lesquels il travaille. Durant de longues séances d’essais, il n’hésite pas à changer des pièces sans prévenir ses collègues. Il parvient également à modifier les spécificités d’un modèle après les ultimes validations, en usant de son énorme influence au plus haut de la hiérarchie.

    Cette influence, il s’en est servi pour inculquer sa vision de la mise au point auprès de ses collègues : donner un parfum au véhicule. L’objectif était de rendre la voiture confortable et stable. Et, en conservant ces caractéristiques essentielles, commencer à lui donner ce parfum, ce goût…

    Dans les faits, il conduisait à n’en plus finir et quittait le circuit pour enfermer le véhicule dans un conteneur. Là, il passait des heures sous le châssis à tout vérifier, sans air conditionné. Il donnait ses instructions pour améliorer le freinage ou demander un renforcement des suspensions. Les autres prenaient des notes. L’exercice pouvait durer si longtemps que son équipe avait inventé des codes pour pouvoir quitter l’irrespirable conteneur. Lui était dans son élément.

    Mais celui qui parle le mieux d’Hiromu Naruse est peut-être Akio Toyoda en personne. En 2012, il a déclaré « La route modèle notre forme. Nous produisons des voitures selon ce que nous apprenons des routes. » Cette poésie était celle de Naruse.

    Leur première rencontre date de 2000. Akio Toyoda rentre des États-Unis pour rejoindre son père Soichiro et terminer sa formation afin d’assurer la succession. Au passage du millénaire, Toyota met toute sa puissance au service de la Prius, une option que Naruse goûte assez peu, autant que la passion du futur patron qui préfère jouer au golf plutôt que de tenir un volant…

    Au Japon, on dit qu’Hiromu Naruse a osé dire ces mots à Akio Toyoda : « Je ne veux pas que quelqu’un qui ne sait pas conduire vienne me parler de voiture. » L’invitation était lancée. Naruse est devenu le coach en pilotage de l’héritier Toyota. Les deux hommes sont devenus inséparables.

    Akio Toyoda a appris à freiner, à braquer, à contrôler un survirage avec Naruse… Ils ont roulé sur tous les circuits japonais et profitaient de l’hiver pour aller s’exercer sur les routes enneigées d’Hokkaido. Akio Toyoda construisait ainsi sa capacité à comprendre la production de son entreprise et Hiromu Naruse distillait ses idées au futur patron.

    Le board de Toyota voyait ça d’un autre œil. Même casqué, le fils de Soichiro prenait trop de risques. Et la femme d’Hiromu Naruse finissait même par donner l’unique conseil de sa vie professionnelle : « Assure-toi que tu protèges le président ! »

    En 2002, Naruse vient de terminer des séances d’essais pour la Prius, la MR Spyder et la Lexus IS. À bientôt 60 ans, sa carrière touche à sa fin. Sauf que Toyota lui fait un cadeau en lui confiant le projet LFA et les pleins pouvoirs.

    Depuis la fin des années 1980, Hiromu Naruse se bat pour que chacun des modèles sportifs de la marque soit testé et validé sur la Nordschleife. La première à recevoir cette autorisation est la Supra de troisième génération. Le succès du modèle ouvre la voie à la création de l’équipe Naruse : un commando de pilotes d’essais destiné à torturer des prototypes.

    L’une des règles de l’équipe Naruse est de parcourir un tour de Nordschleife pour chaque cheval délivré par le moteur. Pour la Supra, ce fut 235 tours. Pour la LFA, ce sera 560 tours. Cette Lexus est justement mise au point exclusivement sur le tracé allemand. Il engage KYB pour concevoir les amortisseurs et guide les ingénieurs. Il choisit Bidgestone pour les pneumatiques et passe ses instructions pour les mélanges. Hiromu Naruse construisait son rêve, celui pour lequel il était entré chez Toyota dans les années 1960.

    Porsche, Audi ou BMW étaient dans le viseur. Yamaha s’est occupé du moteur V10 4,8 litres. L’écurie de F1 a conçu les métiers à tisser la fibre de carbone afin de s’assurer que la masse globale n’allait pas pâtir de la recherche de rigidité. Naruse était obsédé par son projet.

    Et il en voulait encore plus. Il a demandé un budget supplémentaire à Akio Toyoda pour fonder une écurie de course spécifiquement dédiée à la mise au point de la LFA. C’est cette demande qui a mené à la création de Gazoo Racing. En 2007, deux Lexus Altezza (IS) ont participé aux 24 Heures du Nürburgring pour enregistrer des données… Avec Hiromu Naruse au volant. Deux ans plus tard, le Gazoo Racing envoyait deux LFA de préproduction sur ces 24 Heures. Akio Toyoda venait de prendre les commandes du groupe familial et la LFA était présentée officiellement au Salon de Tokyo en octobre 2009.

    Toujours désireux d’aller plus loin, Hiromu Naruse avait envie de capitaliser sur les centaines de tours de Nordschleife avec une LFA encore plus spécifique : la Nürburgring Edition, limitée à 50 exemplaires. À quelques kilomètres de figer les spécifications, son travail s’est arrêté.

    Aujourd’hui, l’une des LFA engagées sur les 24 Heures du Nürburgring est exposée dans son jus dans le Musée Toyota devant deux trophées et la combinaison d’Hiromu Naruse accrochée au mur. Plus encore, le Gazoo Racing est désormais le nom officiel des équipes engagées par Toyota tout autour du monde et chaque essayeur du groupe connaît l’histoire et le dévouement d’Hiromu Naruse…

  • C’est ce Festival, toute cette passion !

    C’est ce Festival, toute cette passion !

    Si Goodwood accueille des véhicules de courses depuis des dizaines d’années, son Festival of Speed fêtait son 25e anniversaire, une belle occasion de célébrer quelques marques au retentissement spectaculaire dans le monde du sport automobile comme Ferrari (70 ans) ou Williams (40 ans), mais aussi Bernie Ecclestone qui a eu l’honneur de voir le monument de Goodwood House lui être dédié.

    Lord March sait orchestrer cette passion qui l’anime. Héritier de l’aristocratie britannique, il apparaît comme le parfait British qui vit dans un autre monde. Il porte du tweed fait main et continue de se servir d’un appareil photo argentique. Son accent chic promène ses invités entre les montres d’époque, une chaise de camp de Napoléon gagnée à   Waterloo et des peintures retraçant l’invention de la chasse au renard sur « ses » terres.

    Charles Gordon-Lennox, comte de March et Kinrara, n’a pas à se forcer. Il a cet héritage dans le sang. Autant que la passion pour tout ce qui possède un moteur et qui pourrait aller vite. Il y a vingt ans, il a repris un domaine historique à l’abandon. De ses ancêtres, parmi lesquels figure le roi Charles II, Goodwood lui a été légué : une ancienne base de la RAF où un circuit avait amusé les foules d’une autre génération.

    Chaque année, des centaines de milliers de visiteurs sont « invitées » à partager la passion de Lord March qui emploie 800 personnes pour faire tourner la boutique Goodwood. Début juillet, c’est le grand rendez-vous. Désormais bien installé dans le calendrier, le Festival of Speed est couru par les grands constructeurs qui dépensent autant que pour un salon international. En 2017, Mercedes en a même profité pour sortir Nico Rosberg de sa retraite afin de piloter la F1 championne du monde en 2014.

    Michelin était aussi présent. La manufacturier clermontois a invité Paul Wallace de « Supercars Of London » et Sam de « Seen Through Glass » à rencontrer quelques stars motorisées : Tom Kristensen et son Audi R18, Mikko Hirvonen et sa MINI John Cooper Works et Freddie Spencer et sa Honda.

    Tout se déroule dans un respect typiquement britannique. Le samedi, le temps s’est arrêté pour saluer la mémoire de John Surtees, un ami de la famille. Mais d’une façon très « Lord March » : durant une minute, les propriétaires et pilotes ont fait monter les moteurs dans les tours.

    Pour accompagner Rosberg et Mercedes, des dizaines de pilotes et de marques ont affronté la « course de côte » dédiée. On y a vu Robert Kubica en Lotus-Renault, une collection de Ferrari 125/166, 312B3 ou F2002, les Williams FW06 et FW14B, des Ford RS 200, Lister, Audi S1 E2, Aston Martin V8 Vantage GT4, Proton Iriz R5, la Subaru Impreza WRC pilotée par Colin McRae en 1997, l’Audi Quattro RS 002 (le proto Groupe S) ou une Mitsubishi Mirage RX.

    Au chrono, le vainqueur fut Justin Law dans une Jaguar XJR-12D Groupe C avec 0,09 seconde d’avance sur Jeremy Smith en Penske PC22 IndyCar… Rendez-vous dans un an !