En arrivant à Sao Paulo, deux pilotes peuvent encore décrocher le titre de champion du monde de formule 1 2008. Après dix-sept épreuves, Lewis Hamilton mène le championnat avec quatre-vingt-quatorze points, et Felipe Massa est à sept points. Derrière les pilotes McLaren et Ferrari, Robert Kubica est à dix-neuf unités, hors du coup.
Pour Hamilton comme pour Massa, cet ultime Grand Prix de la saison est un rendez-vous à part. Hamilton peut devenir le plus jeune champion du monde de l’histoire de la discipline et battre Fernando Alonso de quelques mois. Quant à Massa, il joue à domicile et hérite d’une opportunité exceptionnelle de devenir le neuvième pilote titré au volant d’une Ferrari.
Felipe Massa doit gagner ou terminer deuxième et attendre le résultat de son rival. Avec sept points d’avance, Lewis Hamilton peut se contenter d’une cinquième place, quel que soit le classement du Brésilien. Mathématiquement, le Britannique possède un indéniable avantage.
Toute la saison s’est articulée autour d’un match à quatre entre Lewis Hamilton, Felipe Massa, Kimi Räikkönen (Ferrari) et Robert Kubica (BMW). Après neuf courses, les trois premiers comptaient quarante-huit points, avec Robert Kubica à seulement deux longueurs. Mais alors que les quatre pilotes s’échangeaient régulièrement la première place durant la première moitié du calendrier, Lewis Hamilton avait pris l’avantage avec deux victoires consécutives à Silverstone et à Hockenheim, au mois de juillet.
Sa victoire en Chine avec la pole position et le record du tour le plaçait en favori avant l’ultime confrontation… Mais Massa jouait à domicile, devant un public entièrement acquis à sa cause et prêt à célébrer, enfin, un successeur à l’inoubliable Ayrton Senna.
Dans les qualifications, Felipe Massa montre qu’il sera bien présent. Il signe la pole position avec plus de trois dixièmes d’avance sur Jarno Trulli (Toyota). Le Brésilien ne doit pas se préoccuper de Lewis Hamilton mais seulement décrocher la victoire. Pour le Britannique, la séance est moins confortable. Il se place sur la deuxième ligne, du mauvais côté de la piste, en manquant la troisième place de seulement trois millièmes face à Kimi Räikkönen.
À quelques minutes du départ, une terrible averse s’abat sur le circuit. Toutes les monoplaces s’élancent avec des pneus pluie. Pour son ultime course, David Coulthard (Red Bull) termine dans les barrières et provoque une première apparition de la voiture de sécurité.
Sous drapeau vert, tout le monde conserve sa position jusqu’aux premiers ravitaillements. Massa reste en tête devant Sebastian Vettel (Toro Rosso), tandis qu’Hamilton se trouve englué dans le trafic. Sixième derrière la Force India de Giancarlo Fisichella, il est en train de perdre le championnat. La tension monte dans les stands.
La piste s’assèche au fil des minutes. Felipe Massa signe le meilleur tour en course, Fernando Alonso s’empare de la deuxième place, devant Kimi Räikkönen. Hamilton court toujours après la cinquième place et ce titre mondial sur le point de lui échapper. Les tours passent et la situation ne s’améliore pas. McLaren est en train de vivre une terrible désillusion.
Mais à sept tours du drapeau à damier, une nouvelle averse vient chambouler ce final. Une partie du peloton plonge dans les stands pour chausser des pneus intermédiaires, d’autres restent en piste et tentent de résister.
Chez McLaren, l’option est de passer par les stands. Lewis Hamilton ressort en cinquième position… sa dernière place possible. Sebastian Vettel parvient pourtant à le dépasser dans l’avant-dernier tour. Le top 10 change après chaque virage, parmi des pilotes en pleine attaque et d’autres en totale perdition, en slicks sous la pluie.
Felipe Massa franchit la ligne d’arrivée. Son père exulte au cœur du stand Ferrari : il croit son fils champion du monde de formule 1. À l’autre bout du circuit, Lewis Hamilton est sixième. Il continue de se battre avec l’énergie du désespoir. Devant le dernier virage, il dépasse encore plusieurs monoplaces, dont une Toyota au ralenti. Timo Glock, avec ses pneus conçus pour rouler sur une piste sèche, est en glisse… Sur la ligne d’arrivée, Hamilton est cinquième !
Le classement s’affiche, et les hommes de la Scuderia tentent de faire comprendre sa signification à la famille Massa. Quelques mètres plus loin, la frénésie s’empare alors de l’équipe McLaren, Nicole Scherzinger en tête ; la très célèbre petite amie de Lewis Hamilton ne cache pas ses larmes.
Tandis que Lewis Hamilton fête son premier titre à seulement vingt-quatre ans, la cérémonie du podium tourne à l’hommage. Vainqueur avec la pole position et le meilleur tour en course, Felipe Massa monte sur la plus haute marche. Porté par les acclamations d’une foule conquise par une prestation hors du commun, il remercie le peuple brésilien. Pour tous, il n’est pas champion du monde, mais il est le héros du jour. Ailleurs, loin d’Interlagos et du patriotisme local, c’est Lewis Hamilton qui entre dans l’histoire. Couvé par McLaren depuis son plus jeune âge, il signe un nouveau record de précocité pour un champion du monde, à seulement vingt-trois ans, neuf mois et vingt-six jours.
