Chez Chrysler et Dodge, l’art du naming a toujours frôlé le génie. De la Challenger à la Hellcat, en passant par la Demon, la Prowler ou la Super Bee, la firme de Détroit a forgé une identité unique dans le paysage automobile américain. Mais parmi toutes ses appellations cultes, Scat Pack occupe une place à part.
Sujet de débats passionnés depuis plus d’un demi-siècle, ce nom qui intrigue les néophytes tire ses origines de l’âge d’or des muscle cars et d’une campagne de publicité particulièrement bien pensée.
1968 : Quand le « Rat Pack » rencontre l’argot américain
Pour comprendre l’acte de naissance du Scat Pack, il faut remonter à la fin des années 1960. À cette époque, l’agence de publicité de Détroit Ross Roy cherche un concept rassembleur pour promouvoir la toute nouvelle gamme sportive de Dodge.
L’agence imagine alors la contraction de deux références culturelles très fortes :
- Le terme « Scat » : Issu de l’argot américain traditionnel, le mot scat signifie littéralement « fous le camp ! » ou « dégage ! » (rien à voir avec le sens scatologique moderne qui peut prêter à confusion aujourd’hui).
- Le terme « Pack » : Un clin d’œil direct au mythique Rat Pack, le célèbre groupe d’artistes ultra-cool mené par Frank Sinatra et Dean Martin qui régnait sur Las Vegas et la culture populaire de l’époque.
À son lancement en 1968, le Scat Pack n’est pas une simple finition ou un modèle unique. C’est un label collectif qui regroupe les trois monstres sacrés de la marque : la Charger R/T, la Coronet R/T et la Dart GTS (rejointes très vite par la célèbre Super Bee).
L’abeille de course et les bandes « Bumblebee »
Pour démarquer ces modèles survoltés du reste de la production Chrysler, Dodge leur attribue des éléments visuels devenus légendaires :
- Les bandes « Bumblebee » : Deux bandes de couleur contrastée (généralement noires ou blanches) peintes horizontalement sur la malle arrière et descendant le long des ailes.
- La mascotte : Une abeille anthropomorphe au sourire carnassier, coiffée d’un casque blanc à visière noire, chaussée de pneus Redline montés sur des jantes Cragar et portant un monstrueux V8 sur le dos.
Dodge pousse le concept jusqu’à créer le Scat Pack Club, un véritable fan-club officiel payant dont les membres recevaient chaque mois une gazette remplie d’actualités sur le dragstrip, de conseils de préparation mécanique et de pièces de compétition Mopar.
Trente ans d’absence et une renaissance électrisante
Victime des nouvelles normes antipollution et de la hausse des coûts d’assurance au début des années 1970, le label Scat Pack est remisé au placard après l’année-modèle 1971. L’abeille la plus rapide de l’Ouest va alors disparaître des radars pendant plus de quarante ans.
C’est au SEMA Show de 2013 que Dodge ressuscite officiellement le nom avec un logo d’abeille modernisé et plus agressif. À partir de 2015, le Scat Pack devient une finition à part entière au catalogue des Charger et Challenger, venant s’intercaler avec leur puissant V8 Hemi 392 (6,4 litres) de 485 chevaux entre les versions R/T d’entrée de gamme et les démentielles déclinaisons Hellcat de plus de 700 chevaux.
Après l’arrêt des V8 Hemi fin 2023, le nom refuse de mourir. Sur la nouvelle Dodge Charger Daytona, le label franchit le cap de l’électrification : la version Scat Pack 100 % électrique développe la puissance vertigineuse de 670 chevaux, arborant fièrement une abeille stylisée sur ses ailes.
Du V8 à carburateurs de 1968 au monstre électrique d’aujourd’hui, le Scat Pack prouve qu’un bon nom de code peut traverser les époques sans rien perdre de sa superbe.
