AUTOcult.frAUTOcult.frLa voiture raconte notre époque La newsletter
19 H CULTURE Cinéma, publicité, design et société.
AUJOURD’HUI 25.09.2026 19:00 À VOIRÀ LIREÀ ÉCOUTER
▶ 00:00:00 19 H · CULTURE
19 H — CULTURE

Michel Hommell : Le pirate de la presse qui a transformé un village breton en capitale de la ferraille

400 voitures entassées dans une ferme bretonne, un circuit de rallycross dans les champs et une berlinette artisanale : retour sur l'épopée de Michel Hommell, le bâtisseur le plus iconoclaste du sport auto français.

Par Philippe Moreau ◷ 4 min de lecture 25 septembre 2026
Michel Hommell et le Manoir de Lohéac : L’homme qui a bâti le royaume de la passion automobile
PLAY ▶ 00:04:00 19 H · CULTURE

En 1985, les paysans de Lohéac ont vu débarquer un ovni. À une demi-heure au sud de Rennes, ce bourg d’à peine six cents âmes vivait au rythme des labours et des tournées du facteur. C’est là, au milieu des talus et des fermes en ruine de la Cour Neuve, qu’un patron de presse parisien un peu taiseux décide de poser ses valises et ses bagnoles. Michel Hommell n’arrive pas avec des idées de promoteur immobilier : il cherche un toit pour abriter deux cents mécaniques qui dorment éparpillées dans des granges louées aux quatre coins de France. Trente ans plus tard, le village accueille des dizaines de milliers d’amateurs de glisse chaque automne et abrite l’une des plus insolentes collections d’automobiles de la planète.

L’argent des petites annonces et la boue des rallyes

L’aventure ne doit rien aux banquiers de la capitale. Né en Lorraine pendant l’Occupation, Hommell s’est d’abord esquinté les pouces au volant de sa propre Renault 8 Gordini, ferraillant en peloton serré contre son futur beau-frère, Jean Ragnotti. Mais le jeune homme a du nez : il comprend vite que la France des années soixante regorge de gars en salopette qui préparent des Simca 1000 Rallye ou des berlinettes Alpine au fond de leur garage sans que personne n’en parle.

En 1968, avec une maquette artisanale et trois sous en poche, il lance Échappement. Le canard devient aussitôt la bible des écuries provinciales. On n’y lit pas des essais complaisants rédigés dans des palaces, mais des chroniques de courses de côte boueuses, des temps de spéciales de région et des pages entières de petites annonces de pièces d’occasion. La méthode fonctionne : sur ce lectorat d’irréductibles, Hommell bâtit un empire papier sans équivalent (AUTOhebdo, Nitro, Super VW, Gazoline). C’est aussi dans ces colonnes qu’il lance l’opération « Espoir Échappement », dénichant un gamin alsacien inconnu qui passe son temps en travers sur des Saxo Kit-Car : Sébastien Loeb.

Le bazar héroïque de la Cour Neuve

Au Manoir de l’Automobile, pas de sol immaculé en résine blanche ni de musique d’ascenseur comme dans les cathédrales stériles des constructeurs de Stuttgart. Hommell a conçu son repaire comme un bric-à-brac géant d’esthète populaire. Sur quinze mille mètres carrés de vieilles pierres restaurées, les dix-huit Formule 1 alignées en épi côtoient une reconstitution de classe d’école de campagne, des plaques émaillées rouillées, des calèches à cheval et une ruelle de vieux métiers avec ses mannequins de cire.

La magie tient dans ce grand écart absolu. Dans une aile, la Bugatti EB110 S bleue engagée aux 24 Heures du Mans 1994 sous les couleurs du musée rappelle que le patron a osé aligner la marque de Campogalliano dans la Sarthe. Quelques mètres plus loin, la coque brisée du bateau offshore Colibri rappelle la tragédie de Didier Pironi en 1987, tandis que les monstres du Groupe B — 205 Turbo 16, Lancia 037, Metro 6R4 — gardent encore leurs traces de gravillons sur les bavettes.

La Berlinette du refus moderne

Au début des années nonante, Hommell pousse le bouchon plus loin. Constatant que les constructeurs abandonnent les sportives rustiques pour fabriquer des berlines suréquipées et obèses, il décide de fabriquer sa propre bagnole directement sur place, dans un atelier à la sortie du bourg.

Conçue avec le concours d’ingénieurs échappés de chez Alpine et d’un coup de crayon d’Érick Méjean, la Berlinette Hommell sort en 1992. La recette fleure bon l’artisanat des origines : un treillis tubulaire en acier, une carrosserie en polyester, le quatre cylindres deux litres seize soupapes de la Peugeot 306 S16 monté en position centrale arrière et pas l’ombre d’une assistance électronique. Deux cent quarante exemplaires sortiront de Lohéac jusqu’en 2003, entre Berlinette, Barquette et coupé RS2. Une parenthèse brute, sans airbag ni direction assistée, vendue au prix coûtant à des puristes qui voulaient juste sentir la mécanique vivre sous leurs fesses.

Aujourd’hui, le circuit de Rallycross fait toujours trembler les vitres du village chaque premier week-end de septembre. Mais le reste de l’année, quand les spectateurs sont partis et que le calme retombe sur les landes bretonnes, il suffit de pousser la lourde porte en chêne du Manoir pour comprendre le coup de maître de Michel Hommell : avoir réuni le grand cirque des circuits et la France des artisans dans la même cour de ferme, sans jamais demander l’autorisation à personne.

LA GRILLE DU JOUR 07 H → 13 H → 19 H
REPLAY · CULTURE TOUS →
Les Voitures du 7e art : DeLorean DMC-12, la machine temporelle de « Retour vers le futur » 23.09.2026 DeLorean DMC-12 : Le veau d’inox sauvé des eaux par… NSU Ro 80 : L’avant-garde technique tuée dans l’œuf par la fragilité du Wankel 22.09.2026 NSU Ro 80 : L’avant-garde technique tuée dans l’œuf par… Tutto Bene 2026 : Le mont Mottarone bouclé, et deux intrus nommés Genesis et Bentley 21.09.2026 Tutto Bene 2026 : Le mont Mottarone bouclé, et deux…